Faudrait-il s’étonner du niveau actuel des produits de l’école sénégalaise ou du filtre qui n’a pas fonctionné pour permettre à certains d’accéder à de hautes fonctions dans ce pays ? Le drame n’est pas seulement d’avoir gravi les échelons jusqu’à se retrouver à un niveau enviable de ministre sans présumer de la compétence requise. Celle-ci n’est pas liée au niveau d’expression ou d’éloquence, mais renvoie très souvent à la faculté de compréhension des choses et d’un esprit cartésien critique éprouvé par un apprentissage soutenu aux analyses, commentaires, dissertations acquis cycles primaire, secondaire.
Aussi, la célèbre maxime de Nicolas Boileau-Despréaux « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément » garde tout son sens quant à la maîtrise de ses idées et des choses à nommer. En somme, une compétence se traduit par une vision claire des choses à exprimer, expérimenter, implanter. Aussi, il ne faudrait nullement s’étonner de ce dramatique constat d’une baisse généralisée de niveau après le recours aux classes à double-flux, aux vacataires, volontaires… dans notre système éducatif depuis quelques années déjà dans une perspective de rationaliser les dépenses face aux crises et diktats des institutions de Bretton Woods. Les produits de ce système dégradé sont, pour la plupart, arrivés à maturation. Il faut juste lever néanmoins l’équivoque qu’il ne s’agit pas de mettre au ban l’école publique qui, malgré toute la concurrence du privé, reste encore debout et une référence qui révèle des pépites, mais de dénoncer certainement tous ces agrégats, taux brut de scolarisation, taux de réussite…, mis en avant pour montrer de la vitalité de cette école. Le taux de réussite au certificat d’étude qui frôlent quasiment les 95 % de cette année résulteraient, selon un enseignant, d’une correction « très généreuse ».
La suppression du concours d’entrée en classe de Sixième, à partir de la session de 2026, est encore plus regrettable quand on sait la rigueur qui entourait le premier concours chez les élèves. Cette « réforme majeure vise à rendre la scolarité obligatoire plus fluide et inclusive ». Donc pas forcément plus rigoureuse. La décision du ministère de l’Education nationale est arrimée à cette volonté de « mettre fin à la barrière sélective du concours d’entrée au collège et à privilégier le parcours global de l’élève ». L’accès à la classe de Sixième est désormais basé sur la réussite au Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) sans sélection précoce. Il y a eu une levée de boucliers d’enseignants et de parents qui se sont insurgés contre le niveau des élèves et la capacité des établissements à gérer une augmentation significative des effectifs. Deux autres phénomènes expliquent cette baisse de niveau inadmissible. L’un est inhérent à la quête de postes politiques, conduisant à la confection de Cv ou à la présentation de diplômes dont les esprits clairvoyants doutent de l’origine eu égard au fait qu’ils sont délivrés par des pays qui n’étaient pas des destinations privilégiées pour des étudiants sénégalais. Il y aurait un ministre, sous le président Wade, non-titulaire du premier diplôme de l’enseignement supérieur, le Baccalauréat. L’autre élément est cette tentative de nivellement par le bas qui a cours depuis quelques années. Le prétexte tout trouvé est de dire que les diplômes ne servent à rien ou le fait de bien parler français ne nous mène nulle part.
Nous sommes en phase sur le fait que le diplôme ne serait qu’une présomption de compétence et qu’il faille privilégier nos langues, véhicules de nos cultures et identités face aux langues des colons, mais encore faudrait-il reconnaître à ceux qui ont des diplômes leurs parcours et que nous nous mettions à la compréhension et à la préservation de nos langues. Jusqu’à ce que nous changions de langue officielle il est donc tenu, pour tous les responsables de premier plan de bien s’exprimer dans la langue de Molière. Même sans enthousiasme. ibrahimakhalil.ndiaye@lesoleil.sn

