« Le verdict de la photo » : c’était la machette du journal Le Soleil le lundi 26 janvier 1987, à l’issue du combat opposant Manga II à Double Less. Cette confrontation n’a pas connu de vainqueur. Du moins, selon l’avis de l’arbitre qui a estimé que les deux lutteurs étaient tombés en même temps à terre (ndiakh, en wolof). Les avis sont partagés du côté des amateurs mais le verdict de la photo plaida en faveur de Double Less qui se trouvait nettement au-dessus de son adversaire au moment de la chute. A l’issue de ce combat âprement disputé, les amateurs regagnèrent tranquillement leurs domiciles sans s’adonner à des scènes de violence.
La lutte, d’hier à aujourd’hui, a connu de nombreuses mutations. Certes. Mais, à l’époque, il y avait moins de violences. Les amateurs se rendaient massivement aux arènes de lutte pour profiter des affiches proposées et admirer les belles chorégraphies des champions en lice. Aujourd’hui, faut-il le regretter, des actes de violences risquent de prendre le dessus sur le fair-play et la passion.
Les victimes sont nombreuses à l’issue des galas ou combats de lutte avec frappe organisés à l’Arène nationale. On y constate des agressions, des vols à l’arraché, des menaces de mort, en somme toute forme de violences. Ces actes de vandalisme et de banditisme sont liés au phénomène dit « Simol » c’est à dire une délinquance urbaine qui prend de plus en plus de l’ampleur dans la banlieue dakaroise. Le dernier en date remonte au dimanche 4 janvier 2026 après le gala de lutte organisé à l’Arène nationale de Pikine. Des scènes d’agression et de violences ont éclaté lors du retour du lutteur Abdou Sène dit Bébé Jackson qui devait livrer un combat de lever de rideau. Une vidéo montrant ces incidents est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux. Et ce, malgré les mises en garde du gouvernement. Quelques jours plus tard, le lutteur et quatre membres de son entourage, ont été arrêtés et déférés au parquet le lundi 12 janvier 2026.
Dans la foulée, une association nationale regroupant des entraîneurs de la lutte a exigé, au cours d’un point de presse, la libération des mis en cause, estimant qu’ils ont été « injustement accusés », réaffirmant leur engagement à accompagner les autorités à combattre le phénomène. Seulement, il n’est point du ressort d’une structure pareille de décréter la culpabilité ou l’innocence des suspects. Dans la croisade contre le « Simol » décrétée par le gouvernement à travers le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, ces acteurs doivent être en première ligne, car il en va de la survie et de l’avenir d’un secteur qui absorbe des milliers de jeunes en quête de mieux-être. Imaginez si le gouvernement était contraint de suspendre temporairement la lutte, des milliers de jeunes se retrouveraient au chômage ou en situation de sous-emploi. Donc l’impasse.
La lutte est un métier noble et constitue un pan important du patrimoine culturel et sportif de notre pays. Tous doivent veiller sur l’image de cette discipline, qui fait la fierté et incarne l’une des identités fortes de notre pays.
Aujourd’hui, il est tout heureux de voir la lutte sénégalaise s’exporter sur d’autres rings, mettant ainsi en lumière nos gladiateurs. Regarder le porte-étendard de l’écurie de Fass, Gris Bordeaux, en découdre avec l’enfant prodige de Lansar (Pikine), Siteu, devant la Tour Eiffel, en mai 2026, sera une victoire pour la lutte sénégalaise et contribuera à renforcer le rayonnement de ce sport de combat. Au-delà de cette confrontation, cela encouragera davantage de touristes à visiter notre pays et profiter de leur séjour pour assister à des combats de lutte sans violence. Dans cette « guerre » contre le phénomène « Simol », tous doivent s’impliquer et se mobiliser pour contenir rapidement ce fléau. Cela exige une parfaite collaboration avec tous les acteurs. La sécurité n’est pas uniquement l’affaire du gouvernement ; c’est une œuvre collective. Chacun doit jouer sa partition pour venir à bout de ce phénomène, surtout dans un contexte où les menaces sécuritaires deviennent de plus en plus prégnantes.
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