On a beau rompre les accords de pêche avec l’Union européenne en novembre 2024, renforcer les moyens de la Direction de la protection et de la surveillance des pêche… La pêche illicite continue de ronger nos océans comme une plaie ouverte. Pour le Sénégal, c’est 150 milliards de FCfa de pertes par an, selon l’Usaid.
Pourtant, ce fléau n’est pas seulement une question de droits économiques ou de recettes fiscales perdues, c’est un véritable crime écologique. Chaque navire hors-la-loi qui sillonne nos eaux détruit la vie marine, anéantit des habitats, épuise les stocks de poissons et met en péril l’équilibre des écosystèmes. Les conséquences dépassent de loin le domaine de la pêche, elles touchent la sécurité alimentaire, le climat, et la résilience des communautés côtières. Les opérations de contrôle existent. L’opération « Espadon », déployée du 9 au 22 février 2026 dans les zones économiques exclusives du Cap Vert, de la Gambie, de la Mauritanie et du Sénégal, a permis d’arraisonner huit bateaux parmi une trentaine de navires industriels contrôlés. Mais combien d’autres continuent de piller, invisibles, au large de nos côtes ? En 2023, 1326 bateaux ont été inspectés au Sénégal.
Parmi eux, 1053 étaient sous pavillon national et 273 étrangers. L’Espagne figure en tête avec 121 bateaux contrôlés, suivie de la Chine (56), de la Guinée-Bissau (23), de l’Italie (20), et de la Gambie (18). D’autres pays comme la Mauritanie, la Guinée Conakry, la France ou Panama ont aussi vu des embarcations inspectées, mais l’échelle du problème dépasse largement ces chiffres. Chaque navire illégal est une attaque directe contre la biodiversité et contre l’avenir de la pêche durable dans toute la région. Ces bateaux utilisent des engins destructeurs et des produits toxiques pour l’environnement marin. Les herbiers, les zones de reproduction et les récifs coralliens subissent des dommages irréversibles. Les populations locales, qui dépendent de la mer pour vivre, voient leurs ressources s’amenuiser et leur subsistance menacée. La pêche illicite, non régulée, est une bombe à retardement environnementale. Elle accélère la raréfaction des espèces, provoque la perte des habitats et accentue la vulnérabilité des écosystèmes face aux changements climatiques.
Que faire ? Il ne suffit plus d’arraisonner quelques navires ou de renforcer ponctuellement les patrouilles. La lutte contre la pêche illicite exige une mobilisation régionale et mondiale. Il est impératif de mutualiser les moyens, d’harmoniser les législations, de partager les informations entre États et de coordonner les interventions. Les flottes illégales n’ont pas de frontière. Nos océans ne peuvent pas être protégés isolément par un seul pays. La sécurité de nos mers dépend de la solidarité et de l’action collective.
Au-delà des sanctions et des arraisonnements, il faut instaurer une culture de responsabilité environnementale et de surveillance continue. Les gouvernements, les organisations sous-régionales, les Ong et les communautés locales doivent s’unir pour créer un réseau de contrôle efficace et permanent. Ce n’est pas seulement une affaire de loi, c’est une question de survie écologique. La pêche illicite est un ennemi du développement durable. Elle dévore nos ressources, tue silencieusement nos écosystèmes et menace l’avenir des générations. Face à cette menace, l’union des forces est impérative. Sans une coopération régionale et une vigilance partagée, nos océans continueront d’être pillés, et l’espoir d’une pêche durable s’éloignera un peu plus chaque jour.
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