Le dernier journal de Georges Déthié Diop, du 11 février, quelques heures seulement avant son décès, nous reste en travers de la gorge autant il nous rappelle la dimension de l’homme. « Bonjour Babacar, mesdames et messieurs bonjour, voici les titres… Babacar, c’est la fin de ce journal ».
Voilà, c’était lui. Aucun signe de fatigue ni de maladie. Se donnant à fond, comme d’habitude, avec la même énergie, le même dévouement, le même engagement. Toujours égal à lui-même, fidèle au rendez-vous. Ce rendez-vous quotidien avec des auditeurs qui adoraient son sacré style, mêlant concision, fulgurances, humour, légèreté et dérision. Georges est mort à la suite d’un malaise. Il quitte ainsi ce bas monde comme il l’a toujours vécu sans jamais varier, sans jamais tricher. Il avait 49 ans. La nouvelle est rude pour le Groupe futurs médias (Gfm), rude pour ses amis de la 35e promotion du Cesti, rude pour toute une corporation, rude pour ces innombrables Sénégalais, brutalement orphelins d’une voix devenue si singulière, si familière. Georges s’empresse de rejoindre Mame Less Camara, son idole, au paradis des amoureux de la radio et des passionnés du journalisme. Ce même Mame Less qui l’avait repéré dans les couloirs du Cesti, il y a exactement 22 ans.
« Boy, je te vois bien faire radio », lui avait lancé le formateur, au détour d’une petite conversation, juste après notre deuxième cours de radio. « Ah bon ? Pourquoi pas », avait rigolé Georges Déthié Diop. Débute alors une admirable complicité. Les deux deviennent amis. Georges devient l’ombre de Mame Less, le suivant partout. On les a vus mille fois partager des moments dans tous les coins et recoins du Cesti. Il est même arrivé que Georges fasse le job pour Mame Less qui était à l’époque le correspondant de la BBC à Dakar. Preuve de la sincérité de cette amitié naissante, qui lui ouvre les portes d’Océan FM, radio que dirigeait le formateur. Océan FM, juste le temps de se forger. Parce que c’était écrit : c’est à la Rfm que Georges allait se révéler au grand public, aidé en cela par deux illustres aînés : Alassane Samba Diop et Mamoudou Ibra Kane. Le reste est connu. Georges s’impose rapidement comme un reporter rigoureux et une voix appréciée. Sous l’aile protectrice de « Grand Lazou » (Alassane S. Diop), qui l’a aimé et protégé, « Boy Sérère » devient l’une des voix les plus familières du paysage radiophonique, incarnant la fiabilité et la proximité auprès des auditeurs.
C’est que l’enfant de Ndiaganiao avait les qualités de tous les bons journalistes : passion, curiosité, humilité et intégrité. Georges voulait tout savoir, tout connaître, tout comprendre. Il était à la fois insatiable dans sa curiosité, difficile à contenir dans sa recherche d’informations, mais aussi et surtout respectueux de ses interlocuteurs. « Georges était un très, très grand journaliste, sans doute le plus grand de sa génération », témoigne Alassane, en larmes. L’historien Mbaye Thiam, qui a enseigné Georges à l’Ebad (École des bibliothécaires, archivistes et documentalistes de l’Ucad), veut retenir de lui le « goût du travail », « son opiniâtreté et son indépendance d’esprit ». Simple, courtois et naturel dans tout ce qu’il faisait, Georges Déthié Diop savait parler aux gens avec une approche tout à fait professionnelle et humaine, prouvant que le journalisme peut être un métier noble. Avec lui disparaît une voix emblématique de l’information au Sénégal. Un modèle d’intégrité à la carrière certes courte, mais exceptionnelle. Un nom irrémédiablement lié à la Rfm. Mes pensées vont à sa famille, à Babacar Fall et à tous les amis du Groupe : Macoumba Bèye, Cheikh Tidiane Diagne, Cheikh Tidiane Diaho et Mohamed Alimou Ba. Georges va terriblement nous manquer. Pas seulement pour sa belle et unique voix. Mais pour tout ce qu’il a été pour la profession : un journaliste intègre et travailleur qui a servi avec passion, constance et dignité jusqu’à son dernier souffle.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

