Alors que Téhéran subit depuis plusieurs jours les bombardements américano-israéliens, Donald Trump continue, depuis son Bureau ovale, de jouer sur plusieurs cordes avec la maestria cynique qui le caractérise. Le président américain a tout simplement menacé de mort l’équipe nationale de football iranienne, et ce, à moins de cent jours d’une Coupe du Monde censée célébrer le sport roi sur le continent américain.« Nous accueillons la présence de l’équipe nationale de football d’Iran à la Coupe du Monde, mais je ne pense pas que ce soit approprié pour leur sécurité et leur vie d’y participer… », a-t-il publié le 12 mars 2026 sur son réseau social Truth. Formulée avec un sourire calculé et un cynisme manifeste, la sortie sonne comme un coup de semonce retentissant pour la Fifa et son omniprésent président Gianni Infantino.
Ce dernier voit plusieurs années d’efforts acharnés pour se mettre le régime trumpien dans la poche s’effondrer comme un château de cartes sous la pluie. Il faut dire que dans une démarche pour le moins solitaire et sans consulter les États membres, Infantino avait remis en grande pompe, le 5 décembre 2025, le tout premier « Prix de la Paix de la Fifa » à Donald Trump, lors du tirage au sort de la Coupe du Monde 2026 à Washington. Un lot de consolation savamment orchestré que « Johnny », surnom affectueux dont Trump gratifie le dirigeant italo-suisse, voulait offrir à son « ami proche », snobé quelques semaines plus tôt par les membres du comité du Prix Nobel de la Paix.
Mais Trump ne fait pas dans la dentelle. Bien avant cette sortie fracassante sur l’Iran, le maître de la Maison-Blanche avait déjà décidé d’interdire aux supporters de plusieurs pays, dont le Sénégal, l’accès au territoire américain pour assister au tournoi. Ce qui devait être une fête planétaire prend donc la tournure d’une compétition aux contours autoritaires, soumise au bon vouloir capricieux d’un seul homme. La Fifa, qui se targue d’être au-dessus des États et des gouvernements, se retrouve une fois de plus à ramper devant la première puissance mondiale.
Car voilà le coeur du problème : en fermant brutalement la porte à la sélection iranienne pour « son » Mondial, Trump place Infantino dans une situation proprement ubuesque. Le forfait de l’Iran était certes prévisible : comment imaginer les joueurs iraniens fouler les pelouses américaines pendant que leur pays est pilonné, leur guide assassiné ? Mais la Fifa aurait mille fois préféré que l’initiative émane de Téhéran elle-même. Une décision souveraine, un communiqué diplomatique, et on n’en parle plus. Là, c’est une menace à peine voilée du président américain qui contraint l’instance mondiale à s’exécuter. C’est une gifle en pleine figure, administrée publiquement par celui qu’Infantino croyait avoir amadoué à coups de trophées et de courbettes.
Et comme si cela ne suffisait pas, le forfait de l’Iran qui doit encore être officialisé oblige désormais la Fifa à chambouler ses plans et à trouver un remplaçant en catastrophe. Problème : les textes de l’instance avaient visiblement tout prévu… sauf ce cas de figure précis. Il n’existe en effet aucune disposition réglementaire claire pour traiter le cas d’une équipe qualifiée qui se retire de la compétition sous contrainte géopolitique. Un oubli monumental du département juridique de la Fifa, piloté par l’Espagnol Emilio Garcia que les mauvaises langues décrivent volontiers comme un valet d’Infantino.
Devant ce vide juridique béant, plusieurs scénarios s’affrontent en coulisses. Première option, la plus logique : une qualification directe de l’Irak, vainqueur du barrage asiatique face aux Émirats arabes unis. Une aubaine pour cette nation meurtrie, qui doit elle-même composer avec les bombardements régionaux l’empêchant d’ailleurs de se déplacer pour disputer la finale intercontinentale prévue au Mexique fin mars, contre la Bolivie ou le Suriname.
Mais, contre toute attente, la Fifa pourrait encore court-circuiter ses propres textes pour faire passer les Émirats arabes unis en lieu et place de l’Irak. Abu Dhabi, pays ami d’Infantino qui avait notamment arraché la délocalisation du bureau régional de la Fifa d’Amman vers la capitale émiratie, mène un lobbying intense depuis plusieurs jours.
Dans cette affaire, Gianni Infantino est tout désigné pour jouer le rôle du dindon de la farce. Lui dont l’institution est accusée de blanchiment d’image et de mépris des droits humains après avoir décerné son « premier Prix de la Paix maison » à Donald Trump, se retrouve aujourd’hui piégé par l’imprévisibilité de celui-là même qu’il cherchait à flatter. La servilité, visiblement, ne paie pas toujours. Et Trump, lui, continue de gouverner le monde du football comme il gouverne tout le reste : à la trique, sans complexes, et avec le sourire.
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