«Jésus-Christ n’a aucun avantage sur Gengis Khan. Parce que si vous êtes assez fort, assez impitoyable, assez puissant, le mal l’emportera sur le bien ». Cette phrase prononcée par le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, lors de sa conférence de presse du 19 mars, a heurté nombre de fidèles chrétiens dans le monde. Au-delà de la polémique, cette déclaration est révélatrice de l’état du monde. Un monde régit par la force et la domination des puissants et non par la force du droit. Netanyahu, Trump, Poutine et d’autres dirigeants qui pensent comme eux ne respectent que la force. Dans leur perception du monde, la « paix » ne peut être que le résultat de l’usage de la force et l’écrasement de l’adversaire. Ce que Trump appelle la « paix par la force ». Ces dirigeants confondent force et puissance.
La force est une action concrète et immédiate, tandis que la puissance est une capacité, une virtualité. Dans le langage géopolitique, la force est le rapport de force concret qu’exerce une nation dominante sur d’autres, tandis que la puissance est souvent liée à l’influence, à la domination ou à la « puissance de faire ». C’est justement cette perception qui a permis aux grandes puissances d’éviter la guerre et de maintenir la paix dans le monde durant une période relativement longue, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à aujourd’hui. De l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique à l’actuelle agression israélo-américaine contre l’Iran, en passant par la guerre d’Irak et l’Ukraine, l’Histoire renseigne que dès qu’une puissance s’engage dans l’usage concret de la force, elle se dégonfle. Autrement dit, le secret réside dans la perception que les autres nations se font d’une puissance. L’arsenal nucléaire mis de côté, la Russie, n’inspire plus la même crainte qu’avant l’invasion de l’Ukraine. De même, la superpuissance américaine était moins susceptible d’être remise en cause tant que Washington inscrivait son action dans le cadre du multilatéralisme, à travers les Nations unies. Le mythe de puissance est plus dissuasif. Or, cette période semble révolue. Aujourd’hui, on assiste au retour de la loi du plus fort dans les relations internationales.
Paradoxalement, loin d’être un facteur de paix, cette agressivité des grandes puissances semble ouvrir une période de grande instabilité. Ce qui fait penser à certains analystes que le XXe siècle n’était qu’une parenthèse dans la longue histoire brutale de l’humanité. « La chute du mur de Berlin en octobre 1989 et la fin de l’apartheid ont fait naître une nouvelle espérance d’un monde de paix, de démocratie et de solidarité dans le respect des droits de l’Homme et des peuples, reconnus d’égale dignité. Malheureusement, les attentas du 11 septembre en décideront autrement », écrit le diplomate sénégalais Amadou Diongue, au lendemain de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis, en janvier dernier. En effet, l’unilatéralisme et l’impérialisme, notamment américain, ont repris sous une forme de plus en plus décomplexée. À la différence du passé, ils ne s’embarrassent plus de considérations morales telles que « civiliser » les autres peuples.
Pour en revenir à l’affirmation de Netanyahu, l’Histoire, qui est le juge ultime, a apporté une réfutation éloquente. L’empire mongol, fondé par Gengis Khan au XIIIe siècle sous le coup de l’épée, est retombé dans l’oubli – symboliquement, la Mongolie est aujourd’hui comme une vieille femme ; elle ne vit que du souvenir de sa beauté d’antan – alors que le message de Jésus Christ est toujours d’actualité pour des milliards de fidèles dans le monde. Tous les prophètes ont pratiquement eu à faire face à des souverains impitoyables au début de leur mission, mais leur message finit toujours par triompher. Pourquoi ? Parce que la vérité a toujours le dernier mot ! Le meilleur exemple, c’est… Moïse qui libère le peuple juif des griffes de pharaon. La morale de l’histoire ? La loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure. La vérité n’a pas besoin de force ; elle porte en elle-même une puissance inébranlable.
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