Hier, je suis tombé, par hasard, sur un article consacré à Bocar Samba Dièye. Ceux qui ne le connaissent pas ont certainement entendu parler de ce magnat de l’importation de riz au Sénégal. Un demi-siècle durant, il s’est investi dans l’import-export, a ravitaillé le marché en riz, à un prix accessible.
C’est un secret de polichinelle, ce conflit qui oppose, depuis 2008, Bocar Samba Dièye à la banque Cbao. Cette affaire trouve son origine dans une créance contestée par l’homme d’affaires qui dénonce des pratiques bancaires abusives.
Dans cette bataille, il a remporté bien des victoires devant le tribunal, la Cour d’appel, la Cour de cassation, pour autant, ces différentes décisions n’ont jamais été exécutées. Pis, la banque a poursuivi ses démarches et, à l’arrivée, l’opérateur économique, malgré une expertise judiciaire contradictoire ordonnée par la Cour d’appel de Dakar, a perdu la bataille face à l’institution financière qui s’est approprié ses immeubles…
La vie de Bocar Samba Dièye mérite un livre ; sa persévérance et son endurance méritent d’être montrées en exemple, enseignées un peu partout. Parce que pendant près de deux décennies, il a vu son monde s’écrouler autour de lui comme château de cartes, mais a su faire preuve de résilience là où beaucoup auraient sombré.
Car parfois, notre vie est une accumulation d’échecs, de déception qui mènent au découragement. Aujourd’hui, notre plus grande faiblesse réside dans le doute, l’abandon, parce que rester motivé devient parfois un exercice complexe ; surtout quand les résultats escomptés ne suivent pas.
Comme le disait si bien William Shakespeare « nos doutes sont des traîtres et ils nous privent de ce que nous pourrions souvent gagner de bon, parce que nous avons peur d’essayer ».
L’adversité a beau être tenace, il ne faut jamais baisser les bras. Les obstacles et les échecs ne doivent pas empêcher de toujours aller de l’avant avec détermination. La persévérance est donc quelque chose de nécessaire dans la vie, car rien ne nous est donné sans efforts de notre part.
Confucius le confirme : « vous ne trouverez jamais ce que vous ne cherchez pas ». Comme pour dire que c’est à force de persévérance que la rivière perce le rocher, qu’il faut toujours être rempli d’espérance pour poursuivre sans relâche.
Malheureusement, l’une des causes d’échec les plus fréquentes est le manque de persévérance. Beaucoup abandonnent la partie alors qu’elle est loin d’être terminée, sans se douter qu’ils étaient proches du but.
Ils n’ont pas eu la persévérance du prophète Ayyoub (Job), un modèle et un symbole d’endurance, de patience et de résignation. Ayant entendu des anges parler de lui comme étant le meilleur être humain sur terre, Satan, ivre de jalousie et de rage, dit à Dieu que Job perdrait la foi s’il subissait un sort abominable.
Job fut alors éprouvé par le Tout-Puissant qui le soumit à de rudes épreuves afin de mesurer sa patience et son endurance dans l’adversité après l’avoir connu reconnaissant dans la prospérité. Sa situation se détériora et se dégrada dans tous les domaines imaginables, mais rien ne put le détourner de son attachement à Dieu.
Ses souffrances physiques et morales n’avaient pas non plus réussi à altérer sa foi. Il était resté dévoué à son Seigneur, sans jamais se laisser aller au désespoir ou aux lamentations.
« C’est être au nombre des croyants que de se recommander mutuellement la patience et se recommander mutuellement la miséricorde. Ceux-là seront les hommes de la Droite », dit le Seigneur dans la sourate Al-Balad (la Cité) aux versets 17 et 18.
C’est au plus profond de son calvaire, que Job implora son Seigneur afin qu’Il le délivre de ses souffrances, de ses malheurs.
Bocar Samba Dièye n’est pas Job, mais il a été persévérant. Son bras de fer de longue haleine avec sa banque l’a épuisé. À 93 ans, il a continué de se battre, d’être acteur de l’un des contentieux les plus complexes.
Un autre à sa place aurait clamecé il y a fort longtemps. Mais Bocar Samba Dièye a fait sienne la devise de l’Armée sénégalaise : « On nous tue, on ne nous déshonore pas ». Il est resté digne.
Et aujourd’hui, lassé par ce combat sans fin, il renonce à tout et ne demande que la réhabilitation de son nom. Après une « injustice flagrante » qu’il n’a de cesse de dénoncer, Bocar Samba Dièye mérite bien une justice morale, de garder son honneur sauf.
samba.oumar.fall@lesoleil.sn

