Vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Rarement cette maxime aura été aussi illustrative que lors de la réaction précipitée et incroyablement hystérique de Kemi Seba à l’annonce de la tentative de coup d’État au Bénin. Dans une vidéo diffusée dès les premières heures, l’activiste et leader de la sombre Ong Urgences panafricanistes, évoquant déjà un jour de « libération », n’a même pas attendu que les crépitements des armes se taisent pour crier victoire, avec cette exagération gutturale destinée à marquer la gravité du moment. Une mise en scène dont il est passé maître, comme ce jour où, à la place de l’Obélisque de Dakar, il avait brûlé un billet de banque, avant que la justice ne s’abatte sur lui pour cet autodafé.
Mais comme le dit un proverbe tibétain, « la fascination soudaine s’emballe plus vite que le cheval, mais sa fin est plus courte que la queue d’un mouton ». Car très vite, l’enthousiasme affiché s’est heurté aux faits. Les premières informations ont confirmé l’échec du pronunciamento, transformant l’onde de choc annoncée en simple agitation passagère. Stellio Gilles Robert Capo Chichi, de son vrai nom, aura ainsi expérimenté les limites d’un engagement fondé davantage sur la projection idéologique que sur une lecture lucide du terrain.
Comme dernier baroud d’honneur, le natif de Strasbourg, qui n’a de béninois que le nom, relaie alors la vidéo de l’auteur du putsch, Tigri, rameutant ses troupes et appelant les Béninois à descendre dans la rue pour soutenir une remise en cause de l’ordre constitutionnel. Chiche ! Le tigre, lorsqu’il clame sa tigritude, ne supplie pas : il saute sur sa proie et la dévore. Si réellement les motifs de ce putsch étaient acceptables aux yeux des béninois, le lieutenant-colonel n’aurait pas eu besoin de lancer un tel appel. Bref. Naïvement, il pensait que l’influence de Kemi Seba suffirait à faire basculer la situation en sa faveur. Mais à l’image du gaillard qui s’est éclipsé des réseaux sociaux pendant deux jours – lui, d’ordinaire si prolixe -, Tigri a pris la clé… de la savane. Qui est fou ?
Cette équipée militaire aura au moins eu le mérite de faire tomber les masques. La complicité dans cette tentative de déstabilisation est établie et, à ce titre, Kemi Seba s’expose à des poursuites judiciaires. Pas étonnant, donc, qu’un mandat d’arrêt international ait été lancé contre lui dans la foulée.
Dans cette affaire, ce qui, par ailleurs, interpelle, ce sont les réactions teintées de déception de certains internautes et médias des pays de l’Aes. Cela en dit long. Dans ces pays, les exultations de joie trahissent une volonté de voir tous les autres pays de la Cedeao basculer dans des régimes militaires. Il faudrait qu’ils nous expliquent d’abord ce que ce type de régime leur a apporté depuis qu’ils sont dirigés par des hommes en treillis. Le Bénin, que le Niger ne cesse d’accuser d’accueillir des bases militaires françaises d’où partiraient des menées subversives, serait pour eux une prise symbolique, la consécration et, enfin, une ouverture vers la mer.
Le Bénin est un verrou stratégique, mais surtout un pays à la tradition démocratique bien établie, qui n’a pas besoin des éructations d’un activiste errant ni de l’influence d’un pays voisin pour régler ses contradictions internes. Depuis 1991, l’ancien Dahomey a montré qu’il était capable d’alternances politiques sans violence, sans effusion de sang. À l’instar du Sénégal et du Cap-Vert, il figure parmi les rares pays africains qui assurent une continuité institutionnelle par des élections régulières et crédibles. De Nicéphore Soglo à Mathieu Kérékou, de Boni Yayi à Patrice Talon, chaque président a contribué, à sa manière, à la consolidation de l’État et de la démocratie. Cette dynamique ne saurait être remise en cause par les ambitions d’un officier isolé ni par les discours d’un ténébreux activiste qui passe son temps à surfer sur la vague des revendications populaires pour se faire une place dans l’histoire.
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