Depuis les Concertations nationales sur l’enseignement supérieur et les Assises de l’Éducation et de la formation professionnelle, le Sénégal s’est fixé comme objectif principal de se tourner vers les Stem (Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématiques) et la formation professionnelle. Pourtant, le nombre d’élèves et étudiants inscrits dans des filières scientifiques ne cesse de baisser. En témoignent les chiffres fournis par le directeur de l’Office du Bac, Pr Cheikh Bamba Guèye, le lundi 4 mai 2026 lors du séminaire national de formation des présidents de jury. Sur 180.786 candidats inscrits – contre 166.400 en 2025, soit une hausse de plus de 9% par rapport à l’année dernière -, on dénombre 110.084 filles, soit 60,89 % et 70.702 garçons, soit 39,11 %. Autrement dit, plus de 6 candidats sur 10 sont des filles, confirmant une forte présence féminine pour cette édition. Une progression de près de 2 points, passant d’environ 59 % en 2025 à près de 61 % en 2026. Ce dont il faut se réjouir. Car, « éduquer un garçon, c’est éduquer un homme, mais éduquer une fille, c’est éduquer une société », dit l’Unesco. Ce qui est avéré, la femme étant le socle sur lequel repose l’éducation familiale, première étape de formation de l’enfant.
Toutefois, la répartition par séries n’est pas du tout rassurante. La domination des séries littéraires ne cesse de croître. Cette année, plus de 80 % des candidats sont dans ces séries. La série L2 compte 100.000 inscrits, soit 55,3 %, les autres séries littéraires (L1, L’…) 45.000 inscrits, soit 24,9 %. Ce qui donne un total de 145.000 contre 137.046 en 2025. Quant aux séries scientifiques, elles ne dénombrent que 28.000 inscrits, soit 15,5 %, alors que les séries techniques ne renferment que 7.786 inscrits, soit 4,3 %. Le plus angoissant, c’est le nombre d’inscrits dans la série S1. En effet, sur les 28.000 des séries scientifiques, seuls 600 sont dans la série S1, soit 0,33 %. Ces statistiques confirment une tendance lourde du système éducatif sénégalais qui reste dominé par les séries littéraires au moment où le pays veut amorcer le virage nécessaire pour ne pas rater le train du développement. Seulement, dans les faits, la réalité est tout autre. Car, la présence du nombre d’élèves dans les filières scientifiques ne cesse de s’effriter depuis les années 2000. De 29 à 30 % à l’époque, le nombre a chuté à 16% en 2025 et 15,5 % cette année. Or, « Il n’y a pas d’autre possibilité de développer un pays que par l’utilisation des connaissances et particulièrement de la science et de la technologie », dixit le Pr Mary Teuw Niane.
C’est indéniable, la science, l’innovation et la technologie sont essentielles à la transformation économique d’un pays. Le Sénégal ne peut se développer sans disposer d’une masse critique dans les sciences et la technologie. Et la meilleure option est celle centrée sur les Stem. Car, « un pays qui ne fait pas de la promotion des sciences une priorité ne peut prétendre à la réalité de l’indépendance », soutient, dans une contribution, le Pr Abdou Sène de l’Ugb, ancien directeur de l’enseignement privé supérieur. Pourtant, le Sénégal, très tôt, avait conscience qu’il lui fallait plus de scientifiques. « Le Président Senghor, bien qu’étant homme de lettres, l’avait si bien compris que cela transparaît dans la loi d’orientation pour l’éducation au Sénégal de 1971. D’ailleurs, dans une interview accordée à Roland Collin en 1974, Senghor affichait l’objectif de voir, dans les 5 ans, les effectifs des classes de Terminale littéraire réduits à seulement 20 % », note Abdou Sène. Une option réaffirmée lors des Concertations nationales sur l’enseignement supérieur, l’éducation et la formation, mais que le pays a du mal à appliquer. La prise de conscience est donc réelle. Mais, elle ne suffit pas. Il faut des actes. Nécessairement, la tendance doit être inversée.
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