Le Sénégal est sous le choc. Les populations sont dévastées depuis l’annonce du démantèlement de deux réseaux impliqués dans des pratiques de pédophilie, d’actes contre nature et de contamination volontaire par le VIH.
L’implication présumée d’un célèbre animateur, autrefois adulé, a provoqué une véritable onde de choc. Son appartenance à un réseau qui propage sciemment le virus à travers le pays brise des cœurs.
Certains membres de ce groupe auraient également commis des viols sur des mineurs de moins de 15 ans. Des murs s’effondrent, des cœurs saignent, les questions fusent. Nos repères vacillent.
La transmission volontaire du VIH constitue, de l’avis des juristes, une infraction pénale majeure, surtout lorsqu’une personne, consciente de sa séropositivité, expose délibérément autrui au virus par des rapports non protégés, sans information préalable ni consentement éclairé du partenaire.
Aujourd’hui, les regards se tournent vers les victimes, mais aussi vers ces enfants dont l’insouciance est exploitée par des adultes sans scrupules.
La société crie son désarroi avant de se terrer de nouveau dans le mutisme. Elle a l’habitude de fermer les yeux face à un mal rampant.
Certains jeunes sont, en effet, recrutés par des réseaux criminels sans éveiller le moindre soupçon chez leurs proches. D’autres sont livrés à eux-mêmes.
Ils ont été contraints de se former à l’école de la rue. Ils n’hésitent pas à se vendre au premier venu pour subsister, aider leur famille dans le dénuement ou simplement s’adapter aux tendances technologiques et vestimentaires.
Dans de nombreux quartiers de Dakar, des adolescents manquent d’encadrement. La plupart sont délaissés par des parents étranglés par le renchérissement du coût de la vie.
Ils ont choisi de fermer les yeux sur leurs agissements, leurs fréquentations, leur entrée et sortie.
Les mutations technologiques, soutenues par la crise des valeurs, ont fait sauter des verrous de notre société. Les valeurs traditionnelles tendent à s’effriter.
Si ces tares, amplifiées par les réseaux sociaux, ont toujours existé, l’éducation africaine d’autrefois, plus solide que les murs d’une salle de classe, a permis de canaliser et de freiner certaines dérives.
Jadis, la communauté tout entière avait un droit de regard sur l’enfant : chaque adulte pouvait se permettre d’éduquer ou d’aider un jeune à ne pas dévier de la trajectoire.
Cette approche ne ciblait pas uniquement l’ascension sociale mais elle permettait à l’enfant de traverser ses parts d’ombre et de devenir un membre utile et respecté du groupe.
Il avait de fortes chances de devenir un être qui ne nuit pas au collectif pour assouvir ses besoins fussent-ils bestiaux.
Dans des sociétés déconnectées des réalités numériques, il était plus facile d’apprendre à l’humain à se mettre au service de la collectivité.
Des nostalgiques ne manquent pas de rappeler des méthodes pédagogiques usitées à leur époque. Il pouvait arriver qu’on initie les jeunes, à travers certaines épreuves, à la bravoure et la résistance aux pièges maléfiques de la vie.
Pour d’autres, les enseignements religieux ont aussi servi de bouclier contre la bestialité et permis de reconnecter l’humain à son humanisme.
Les anciens sont formels : ces mécanismes ont longtemps permis de préserver l’ordre social et religieux tout en réfrénant les penchants obscurs.
Car, au final, le vice mène toujours vers les ténèbres.
Au-delà de cette blessure profonde ressentie par un grand nombre de compatriotes, l’actualité met aussi à nu la propension de certains à se réjouir du malheur d’autrui.
Ceux qui se nourrissent de rumeurs et de désinformation trouvent là un sombre réconfort. Ils comblent, à travers cette triste actualité, un besoin émotionnel de voir l’idole chuter.
Ceux qui sont prompts à dénigrer et à refuser de reconnaître la gloire des autres se sentent aujourd’hui servis.
Dans ce climat, même des personnes de valeur risquent d’être injustement entachées par la suspicion généralisée.
Une réalité, parmi d’autres, qui fait penser à des paroles d’un sage « le bonheur réside dans la gratitude et la paix du cœur. Il ne se trouve pas dans la quête effrénée de biens matériels, mais dans la capacité à reconnaître ce que l’on possède déjà, à faire briller sa lumière et celle de l’autre, à ne pas se réjouir du malheur d’autrui… ».
matel.bocoum@lesoleil.sn

