Pourquoi le pétrole est-il ultra-sensible à l’actualité internationale ? La guerre au Moyen-Orient opposant les Etats-Unis et Israël à l’Iran ne déroge pas à la règle. Suite au blocage partiel du détroit d’Ormuz, « la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en pétrole de l’histoire, selon l’Agence internationale de l’énergie (Aie), les cours de l’or noir ont connu une flambée, avec un baril dépassant les 100 dollars. La ressource structure l’économie mondiale et donne le tempo à la géopolitique, son caractère non renouvelable et sa répartition inégale sur une planète énergivore renforçant sa centralité.
Découvert depuis l’Antiquité, son étymologie latine (« petra » ou roche et « oleum » ou huile) renvoie à ses origines géologiques. Sous forme de bitume qui affleure, il servait de produit pharmaceutique, à rendre étanches les bateaux, au pavage des rues, au chauffage ou à l’éclairage, mais aussi comme arme incendiaire à la guerre. Son exploitation industrielle a commencé en 1859 en Pennsylvanie (Etats-Unis), propulsée par la demande de kérosène pour l’éclairage, à la place de l’huile de baleine. L’automobile et les deux Guerres mondiales ont hissé cet hydrocarbure au rang d’énergie majeure, qui a donné naissance à des géants pétroliers et fait la vocation de pays qui disposent d’immenses réserves. Pendant des décennies, le pétrole est resté une source d’énergie incontournable pour faire tourner les industries et les transports, même si de nouvelles sources d’énergie renouvelable gagnent du terrain pour des raisons écologiques. Cette énergie fossile et ses produits dérivés sont devenus au fil du temps omniprésents dans notre quotidien. Cette dépendance à la ressource et son rôle central dans l’alimentation du système industriel et énergétique mondial engendrent forcément des risques de pénurie et des tensions internationales.
Pour avoir permis l’émergence des économies industrielles du XXe siècle, le contrôle des gisements, la sécurité des routes d’approvisionnement et la régulation coordonnée des prix du pétrole, selon la loi de l’offre et de la demande (création de l’Opep en 1960), sont plus que vitaux. Depuis la Première Guerre mondiale, ce puissant outil géopolitique façonne les alliances, comme le partenariat stratégique entre les Etats-Unis et les pays arabes producteurs, notamment l’Arabie saoudite (pétrole contre parapluie militaire). La discrète mais forte présence militaire des Etats-Unis dans le Golfe persique à travers un chapelet de bases (Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite, Koweït, Emirats arabes unis, Irak) à quelques encablures de l’Iran ne vise rien d’autre qu’à sécuriser les voies maritimes dont le très névralgique détroit d’Ormuz (où transitent 20 % des exportations mondiales), et à projeter la puissance américaine. La convoitise pour les gisements pétroliers, surtout en pleine Guerre froide, a provoqué ou influencé de nombreux conflits internes (Biafra, guerre civile en Angola, Libye) ou entre pays (Iran-Irak) et fait tomber des régimes comme celui du Vénézuélien Nicolas Maduro, déposé et arrêté par les Etats-Unis. Si l’or noir est l’objet de toutes les convoitises des puissances économiques et militaires, il n’en reste pas moins une redoutable arme entre les mains des pays producteurs.
Ces pays, dont la survie dépend souvent exclusivement des revenus pétroliers, ne se gênent pas à l’utiliser comme levier de pression, économique, géopolitique, politique, influençant sensiblement les relations internationales. On se rappelle, à l’origine du choc pétrolier d’octobre 1979, il y a les « représailles » des pays arabes, en réponse au soutien occidental à Israël durant la guerre du Kippour. Il leur a suffi de réduire leur production et d’imposer un embargo, multipliant par quatre les prix en quelques mois pour bouleverser les économies des pays développés (hausse du chômage, inflation…). L’envers de la médaille, c’est la dépendance au pétrole qui vulnérabilise (malédiction du pétrole, volatilité des revenus exposant à des crises sociales en cas de chute des cours, manque de diversification économique…). Si se passer du pétrole est techniquement réalisable, il n’en demeure pas moins un défi complexe sur le plan industriel et crucial pour contenir le réchauffement climatique à 1,5°.
malick.ciss@lesoleil.sn


