Parfois, une image suffit à raconter le malaise d’une société. Une vidéo devenue virale montre un jeune talibé endormi sous un véhicule. En découvrant l’enfant dans les bras de Morphée, le propriétaire de la voiture a choisi la violence : un coup de pied brutal et des propos acerbes pour le réveiller. Si la crainte d’un accident est légitime, la méthode employée constitue une offense à la dignité humaine. Rien ne justifiait une telle brutalité envers un être si fragile, à une heure tardive. Un réveil empreint de douceur et des paroles bienveillantes auraient été plus dignes, surtout face à un enfant livré au froid et à la solitude de la nuit. Au lieu d’apporter du réconfort, cet acte n’a fait qu’accentuer la détresse de ce jeune garçon. Certes, l’histoire nous rappelle des drames atroces.
En août 2022, à Thiaroye Kao, un enfant de 10 ans avait perdu la vie sous un camion-poubelle. En mars 2023, à Ourossogui, un autre jeune avait subi le même sort tragique. Mais ces précédents ne doivent pas servir d’excuse à la maltraitance ; ils devraient plutôt renforcer notre instinct de protection.Qu’un enfant cherche refuge sous un châssis de fer, en pleine nuit, est le symptôme d’un échec collectif. C’est le signe d’une société qui a fermé son coeur à ses membres les plus vulnérables. Sommes-nous tous devenus les complices silencieux de cette précarité ? Qu’avons-nous réellement entrepris pour restaurer la dignité de ces enfants ? Le traitement infligé à ce talibé est un miroir tendu à notre conscience et à notre humanisme. Le constat est amer : nous nous habituons à l’horreur et notre sensibilité s’émousse. Il est temps de refuser cette banalisation et de replacer le respect de la vie et de l’enfance au centre de notre vivre-ensemble. La persistance des enfants en situation de rue demeure une blessure ouverte au coeur de notre société. Malgré les multiples mesures gouvernementales, le constat reste d’une amère réalité : nos rues continuent d’exposer des mineurs à la faim, à la peur et à l’abandon. Il y a urgence absolue à briser ce cycle de la détresse.
S’il faut distinguer les profils – car tous ne sont pas des talibés – l’origine du mal est souvent la même : un désengagement parental critique.
Déléguer l’éducation d’un enfant à un tiers, sans aucun suivi ni vigilance, n’est pas une simple tradition ; c’est une rupture brutale du devoir de protection. Cet abandon, à la fois moral et matériel, prive l’enfant de l’affection et de la sécurité indispensables à son développement. Face à ces traumatismes et aux abus qui hypothèquent l’avenir de notre jeunesse, l’indifférence n’est plus une option. La protection de ces enfants doit devenir une priorité nationale immédiate afin de garantir à chaque mineur le droit fondamental de grandir dans la dignité et la sécurité. Dans un entretien accordé au quotidien Le Soleil fin décembre 2025, la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, Maïmouna Dièye, a annoncé la tenue prochaine d’Assises nationales sur la protection de l’enfance. L’objectif est de mobiliser tous les acteurs afin de trouver des solutions durables au phénomène des enfants en situation de rue.
Bien que le Sénégal dispose d’un arsenal juridique complet, la ministre souligne que le véritable défi réside dans l’application effective de ces lois. Elle préconise une stratégie nationale inclusive, intégrant notamment les acteurs des « daara » afin d’améliorer les conditions de vie au sein de ces structures. Selon elle, la problématique dépasse la simple présence dans la rue : elle s’enracine dans les défaillances de l’éducation et du socle familial. Enfin, Maïmouna Dièye a pointé du doigt la modernisation des réseaux de mendicité, citant l’usage de technologies comme les codes QR. Elle a rappelé que des mesures de rapatriement (800 personnes en décembre 2025) ont déjà permis de réduire la présence de familles entières sur la voie publique. Quand un enfant dort sous une voiture, ce n’est pas seulement sa fatigue qui parle. C’est toute une société qui a fermé les yeux.
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