La semaine dernière, nous avions alerté sur la fuite des cerveaux africains. Celle-ci n’épargne aucun secteur d’activité. Mais c’est celui de l’enseignement qui constitue la plus grande perte pour le continent, les enseignants étant ceux qui inculquent le savoir à tous les autres.
L’on comprend alors la polémique suscitée, en janvier dernier, par le recrutement exceptionnel par la Fonction publique de la Guinée, de 59 enseignants sénégalais du supérieur. Certains considérant cet exode de véritable fuite des cerveaux. Car, les profils incluent des permanents, des retraités et des doctorants, poussant le Saes, principal syndicat du supérieur, à demander à l’État de mieux valoriser les enseignants locaux pour éviter la fuite vers d’autres pays comme la Guinée. Si, dans une circulaire parvenue aux différentes rédactions, l’État a voulu en savoir plus sur ce recrutement, il n’a cependant pas manqué d’insister sur l’attractivité de nos universités. Pour le ministère, ce n’est pas un problème d’attractivité de nos universités, mais une question de personnalité. L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar reste la première d’Afrique noire francophone. Mais, il n’accepte pas que des enseignants du supérieur, recrutés par l’État du Sénégal, travaillent parallèlement dans un autre pays.Certes, au Sénégal, les enseignants du supérieur sont mieux lotis par rapport à leurs collègues de nombreux pays africains. Concernant les salaires, il n’y a pas photo. De plus, ils bénéficient maintenant d’une bonne retraite. Sauf que l’enseignement supérieur, ce n’est pas que le salaire.
C’est aussi et surtout de meilleures conditions de travail, de recherche (effectifs maîtrisables, laboratoires équipés, bibliothèques fournies, publications facilitées…) Bref, les conditions d’un réel épanouissement intellectuel. Or, nos universités tardent à suivre le rythme de l’évolution technologique et à répondre aux attentes de la société. Les programmes sont, pour la plupart, souvent dépassés (des matières sont enseignées des dizaines d’années). Avec ces connaissances dépassées et adaptées à une autre époque, comment nos étudiants peuvent-ils résoudre nos problèmes actuels ? Aussi, les sortants de nos universités, dans leur plus grande majorité, n’ont-ils pas les qualifications attendues par les entreprises. Pire, des enseignants restent des années à exercer comme vacataires. Ces derniers peuvent courir des mois durant derrière leurs paiements. Dans un tel manque de perspectives, des enseignants ne peuvent nullement s’empêcher d’aller voir ailleurs.
Le Sénégal n’est pas le seul pays à connaître cet exode des enseignants. Au Burundi, selon la TV5MONDE, des enseignants quittent en masse la profession. Leur salaire ne leur permettant pas de vivre leur famille dans un contexte de cherté de la vie. « Le salaire est insignifiant dans l’enseignement : 400.000 francs burundais par mois, soit un peu plus de 110 euros (72.050 FCfa). (Le journal Afrique sur TV5MONDE du 13 février 2026). Ainsi, certains enseignants quittent pour d’autres secteurs comme le commerce ou le transport, d’autres partent vers les pays de la région comme au Malawi, en Zambie et au Kenya.
D’après la coalition Education pour tous, en 2024, « plus de 10.000 enseignants du primaire et du secondaire ont abandonné la profession. Son président, Jean Samandari, de plaider alors pour des réformes salariales afin que les enseignants touchent autant que d’autres fonctionnaires de l’État qui ont un diplôme équivalent (à diplôme égal, salaire égal) ». Dans ce pays, l’exode des enseignants concerne aussi bien le primaire, le moyen-secondaire que l’université où « le salaire des professeurs titulaires de doctorat peut être six fois moins élevé que dans d’autres pays de la région comme le Rwanda ou la Tanzanie ». (Le journal Afrique sur TV5MONDE). C’est dire que pour lutter contre le phénomène, il faut revaloriser la fonction enseignante à l’image des pays asiatiques tels que Singapour, Corée du Sud, Japon, etc.
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