Il a « Trumpé » tout le monde sur ses intentions d’une Amérique repliée sur elle-même. Contrairement à ce que beaucoup croyaient, les slogans « America First » (l’Amérique d’abord) ou MAGA (Make America Great Again) – « Rendre sa grandeur à l’Amérique » – ne signifient nullement un renoncement de la première puissance mondiale à son rôle de gendarme du monde.
Paradoxalement, Donald Trump qui se flatte d’avoir réglé tout seul huit conflits depuis son retour au pouvoir pourrait bien être celui qui mettrait le feu aux poudres. Symbole de cette ambivalence, c’est lors de la première réunion de son Conseil de Paix, le 19 février dans la capitale américaine, qu’il a donné un ultimatum de « dix jours » à l’Iran pour conclure un accord « pertinent », faute de quoi « de graves conséquences » pourraient arriver à ce pays. Il souhaite que son Conseil de Paix résolve les conflits dans le monde, mais menace d’en déclencher une de grande ampleur.
Qu’est-ce donc ce Conseil de Paix ? Initialement, conçu pour mettre fin à la guerre à Gaza, il s’est donné par la suite une mission plus large et très vague de résolution des conflits dans le monde. Il ambitionne désormais de « garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits ». De quoi, sur le papier, faire concurrence aux Nations unies, en particulier le Conseil de sécurité. De peur d’être court-circuités, les membres de cette instance avaient jugé utile d’organiser une réunion d’urgence sur… Gaza, peu avant celle de Trump.
D’ailleurs, la plupart des membres permanents de l’instance onusienne ont décidé, pour le moment, de ne pas siéger au Conseil de Paix tant qu’il existe une ambiguïté sur son périmètre. Ces inquiétudes ont-elles poussé le Président américain à revoir ses ambitions à la baisse ? Le Conseil de Paix, a-t-il déclaré, n’a pas pour vocation à supplanter l’Onu, mais de « presque (la) surveiller » afin de « s’assurer qu’elle fonctionne correctement ». En termes simples, à travers cette instance, dont il est le seul à disposer d’un droit de véto – M. Trump veut se placer au-dessus de l’Onu et lui dicter la conduite à tenir. Une curieuse conception du multilatéralisme ! Pour justifier la création de son Conseil de Paix, le Président américain ne ménage pas ses critiques contre l’Onu qu’il juge inefficace, inutile. Ironie de l’histoire, les États-Unis ont largement contribué à la paralysie actuelle du Conseil de sécurité à travers leurs vétos répétitifs pour protéger leur allié israélien.
En dépit de ses virulentes attaques et sa décision de se retirer d’une dizaine d’agences onusiennes, l’actuel locataire de la Maison-Blanche ne porte pas seul cette responsabilité. Ses différents prédécesseurs ont, chacun à sa manière, enfoncé un clou sur le cercueil de l’Onu. En 2003 déjà, sous l’influence des néoconservateurs, George W. Bush avait passé outre l’avis des autres membres du Conseil de sécurité pour déclencher la désastreuse guerre d’Irak avec les conséquences que l’on connaît. L’histoire va-t-elle se répéter avec l’Iran ? Historiquement, le Parti républicain a toujours montré son mépris à l’égard de l’Onu et du multilatéralisme. Trump est-il en train de réaliser son vieux rêve – tuer l’Onu ou la soumettre aux seuls intérêts américains ? Tout compte fait, d’autres puissances se sont engouffrées dans la brèche créée par les Américains.
On peut citer la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine. Bref, en paralysant le Conseil de sécurité, ces grandes puissances, en particulier les États-Unis, ont contribué au désordre actuel du monde alors que les risques de conflits majeurs n’ont jamais été aussi probables qu’aujourd’hui. Des braises asiatiques (Taïwan) au Moyen-Orient, en passant par la tragédie soudanaise et l’Ukraine, beaucoup d’analystes craignent que 2026 soit l’année de la grande déflagration. Pendant ce temps, l’instance chargée d’assurer la paix dans le monde est plongée dans un profond coma. Il ne reste qu’à espérer que l’initiative trumpienne, aussi controversée soit-elle, servirait d’électrochoc à ce « géant agonisant » pour reprendre l’expression du Premier ministre albanais Edi Rama.
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