Le revers essuyé par tous les sept candidats au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (Onu) lors du sixième Straw poll (vote indicatif), le 16 novembre dernier, semble faire vivre à cette institution des travers sans précédent.
Même s’il est vrai que cette situation n’est pas si différente de celle de 1996 avec la nomination de Koffi Annan en remplacement de l’Egyptien Boutros Ghali, elle contraste de la nomination du Portugais Antonio Guterres en 2016. L’ancien Premier ministre du Portugal avait dominé tous les votes indicatifs. La succession d’Antonio Guterres qui va terminer son mandat en décembre prochain est ainsi relancée avec peut-être d’autres candidats. Pourtant, l’actuelle short-list était assez intéressante, avec des candidats venus de l’Amérique latine et des profils qui connaissent bien l’organisation de l’intérieur, ou l’ancien président sénégalais Macky Sall qui peut se prévaloir d’une expérience de quatre décennies de vie publique.
Ce désaveu relance ainsi le débat sur l’avenir d’une organisation qui, depuis quelques années, traverse une crise structurelle et existentielle. Comme rappelé dans deux précédentes chroniques, la première écrite il y a cinq ans, intitulée « Sous Biden, le multilatéralisme devra se réinventer », et la deuxième l’année dernière, « Les coups de boutoir et l’échappatoire du multilatéralisme », le multilatéralisme malgré tout a aidé beaucoup de pays, dans toutes les régions du monde, à combler des vides de l’État et apporter soutiens et subsides. Mais aujourd’hui, dans leur marche, certaines organisations multilatérales, surtout l’Onu, commencent à subir le poids de l’âge. Ainsi, les péripéties qui accompagnent la désignation du prochain Secrétaire général des Nations unies, loin d’être une tragédie, symbolisent les divisions et divergences auxquelles cette institution fait face depuis plusieurs décennies. Héritière de la Société des Nations (Sdn) née en 1918 des cendres fumantes de la Première Guerre mondiale, l’Onu a repris les mêmes idéaux et fondamentaux de sa devancière.
Portée par le président américain, Woodrod Wilson, un des noms les plus cités dans la théorie de l’Idéalisme des Relations internationales, la Sdn se voulait une organisation internationale tournée vers la paix et la sécurité internationale. Mais l’âge d’or de l’Idéalisme n’a pas trop duré parce que le monde, comme le décrivent les penseurs de la théorie du Réalisme, est marqué par les rapports de force entre les États et aussi une observation froide de la réalité des Relations internationales. C’est ce postulat qui a présidé aux premières années de l’Onu après sa création en 1945 avec ainsi des places occupées par les forts que sont les membres permanents du Conseil de sécurité : États-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne. Mais le monde post-Seconde Guerre mondiale a beaucoup évolué avec un changement radical de réalité.
Longtemps à la périphérie de la gouvernance mondiale, les pays du « Global South » commencent aujourd’hui à peser de leurs poids dans la marche du monde. Alors qu’auparavant, avec les instruments du multilatéralisme comme les Nations unies ou les institutions de Breton Woods, les grandes décisions du monde se prenaient à Washington ou à New York, ou bien dans leurs annexes européennes. Ainsi, de par leur âge, des institutions comme l’Organisation des Nations unies créées sur les braises de la Seconde Guerre mondiale n’épousent plus les aspirations et ambitions surtout des pays du « South Global » qui sentent toujours la domination du camp occidental. C’est dans ce contexte que se joue la succession d’Antonio Guterres qui est un moment phare dans l’évolution de l’Onu. L’Organisation se trouve ainsi dans un vrai tournant. Elle doit ainsi bien négocier ce virage pour ainsi éviter un naufrage, qui sera lourd de conséquences pour le multilatéralisme…
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