D’abord, il y a eu de vives empoignades sur les réseaux sociaux entre partisans et adversaires de la candidature de Macky Sall.
Ensuite, la bataille démocratique des pétitions. Et nous voilà désormais de plain-pied dans une offensive médiatique particulièrement agressive. Tout cela poursuit un objectif clair : pousser le régime actuel à soutenir la candidature du patron de l’Alliance pour la République (Apr), ancien président de la République, au poste de secrétaire général de l’Onu. Pour atteindre ce but, les promoteurs de cette candidature, appuyés par leurs relais médiatiques, ont opté pour une stratégie bien rodée : mettre en avant Macky Sall, « l’enfant du Sine », présenté comme un Sénégalais authentique que seuls des compatriotes « rancuniers » ou « haineux » refuseraient de voir à la tête de la communauté internationale.
L’un des stratèges de cette campagne répète d’ailleurs inlassablement la même formule lors de ses interventions médiatiques : « avec Macky Sall comme secrétaire général de l’Onu, non seulement le prestige diplomatique du Sénégal serait renforcé, mais ce serait aussi une première pour la Oumma. Ce serait la première fois qu’un musulman dirigerait l’organisation mondiale ». Le procédé est clair : choisir les mots, toucher la sensibilité des Sénégalais, flatter leur orgueil national et leur attachement à la patrie. Un détail n’a échappé à personne : pour la première fois depuis la chute du régime de Macky Sall, ses soutiens évitent soigneusement d’évoquer son bilan à la tête de l’État.
Ceux qui sillonnaient autrefois les plateaux de télévision pour vanter les ponts, les écoles, les hôpitaux et autres réalisations de leur mentor semblent avoir décidé de mettre ce registre entre parenthèses. La raison est simple : s’aventurer sur ce terrain obligerait immanquablement à évoquer, au nom de la vérité historique, l’autre versant de tout bilan : le passif. Et ce passif reste lourd et encore très présent dans la mémoire collective. Entre 2021 et 2023, plus de deux mille jeunes ont été arrêtés et emprisonnés, souvent simplement pour avoir porté le bracelet du Pastef. À cela s’ajoute un nombre incalculable de blessés et de mutilés. Plus grave, une centaine de morts répertoriés lors des différentes vagues de manifestations. À Diaobé, ma commune, la douleur reste vive.
On y pleure toujours deux dignes fils du terroir : Sadio Camara, 14 ans, et Mamadou Saliou Diallo, 50 ans.Le jeune Sadio, fils de mon ami et frère Bambara Camara, ne savait pas qu’il avait rendez-vous avec la mort lorsqu’il est sorti de sa classe, le 6 mars 2021, accompagné de ses camarades, pour réclamer la libération de Ousmane Sonko. Arrivé sur la Route nationale 6, la situation a rapidement dégénéré. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre lui ont été fatals. Touché par balle à la jambe, il n’a pas pu être sauvé par l’infirmier-chef de poste de Diaobé et a succombé à ses blessures. Deux ans plus tard, en juin 2023, Mamadou Saliou Diallo connaîtra un sort similaire. Lors d’une manifestation contre la condamnation d’Ousmane Sonko, sur la Route nationale 6, il est mortellement touché par une grenade lacrymogène. Il meurt sur le coup, laissant derrière lui une épouse et huit enfants.
Et ces deux noms ne sont malheureusement pas les seuls. Dans d’autres localités, d’autres vies fauchées, d’autres familles brisées, d’autres enfants devenus orphelins, et des communautés encore plongées dans la douleur. Tous ont été victimes du même régime : celui de Macky Sall, qui a également tenté, fait inédit dans l’histoire récente du Sénégal, de reporter l’élection présidentielle de 2024. C’est pourquoi il est difficile d’imaginer le Pastef soutenir la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Onu.
Même si cette candidature devait prospérer, elle devrait logiquement se faire sans « l’appui » du président Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko, deux responsables politiques que Macky Sall avait autrefois dénoncés dans certaines chancelleries occidentales, les qualifiant de « terroristes ». À moins qu’une condition ne soit remplie : que Macky Sall et ses soutiens retournent dans ces mêmes chancelleries pour reconnaître qu’ils se sont trompés et que ceux qu’ils qualifiaient hier de « terroristes » dirigent aujourd’hui le Sénégal, dans un cadre démocratique et institutionnel stable.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

