«Il faut se méfier de ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité », pensent 61 % des Français. « 67 % estiment que la concentration des médias est un problème pour la démocratie », tandis que « 33 % jugent que les journalistes ne sont pas capables de reconnaître leurs erreurs », relève encore le Baromètre La Croix–Verian–La Poste de la confiance dans les médias 2026.
L’enquête, publiée le 15 janvier 2026, a été réalisée en ligne auprès de 1 500 personnes, du 24 au 30 novembre 2025. Des chiffres propres à la France, mais qui résonnent bien au-delà de ses frontières. Principal enseignement de ce sondage : une défiance toujours plus marquée des citoyens envers les médias. Étonnant ? Pas vraiment, au regard d’une actualité internationale faite de rebondissements spectaculaires, de revirements de position dictés par les enjeux et les intérêts. Sur les plateaux de télévision et de radio, comme dans les journaux et sur les sites d’information, on voit, on entend et on lit tout et son contraire. Difficile, dans ce brouhaha, pour le citoyen de se forger une opinion claire, tant les commentaires et les prises de position semblent avoir pris le pas sur les faits. Les derniers événements qui secouent le monde sont particulièrement révélateurs du contexte inédit dans lequel nous vivons, un contexte qui alimente encore davantage la méfiance des citoyens à l’égard des médias. Le flou est total. Un principe est défendu aujourd’hui, dénoncé le lendemain. Une cause est soutenue le matin, puis abandonnée le soir, souvent par les mêmes acteurs, sur les mêmes plateaux.
Ainsi, les mêmes journalistes et chroniqueurs qui avaient salué Donald Trump lors de son invasion du Venezuela sont aujourd’hui ceux qui le diabolisent, le qualifiant d’envahisseur, de colonialiste et d’impérialiste parce que cette fois, le républicain souhaite acquérir, « par la méthode douce ou forte », le Groenland, pays constitutif du Royaume du Danemark, ce qui le rattache donc à l’Europe. Plus troublant encore, un présentateur de LCI et ses invités se sont montrés enthousiastes, ne voyant aucun problème à ce que Trump s’attaque à un autre pays souverain, l’Iran.
« Ce serait une excellente chose de nous débarrasser du régime des mollahs », s’est exclamé un invité de la chaîne privée française. La déception était visible lorsque ces mêmes intervenants ont appris que Trump renonçait finalement à son projet, au motif que les « tueries ont pris fin » en Iran. Tous semblaient souhaiter une intervention militaire, certains allant jusqu’à appeler à la capture d’Ali Khamenei, le guide suprême iranien.
« Le monde ne s’en porterait que mieux », a osé déclarer un expert. Un autre d’ajouter : « La France a été lâche, sinon c’est elle qui aurait dû tuer le guide depuis longtemps ». Des propos qui relèvent clairement de l’apologie de la violence, banalisant l’idée de massacres de civils, de femmes et d’enfants, en violation flagrante des principes fondamentaux et du droit international.
En réalité, tout cela met en lumière une stratégie bien connue depuis la fin du XXe siècle : qui détient l’information gouverne le monde. Une logique qui place les journalistes au cœur de toutes les convoitises. Puissances économiques, politiques ou religieuses cherchent à les influencer, les contrôler ou les instrumentaliser afin de servir leurs intérêts ou consolider leur pouvoir. Nouveau monde, nouvelle presse, au grand dam du journalisme de conviction et des principes fondateurs de la profession.
abdoulaye.diallo@lesoleil.sn

