« Moi au moins, mes chroniques ne sont pas de la météo politique. »
Si vous ne voyez pas de quoi il s’agit, rassurez-vous : c’est quasiment impossible d’être passé à côté. Car ce n’est pas une simple blague passagère, encore moins une formule jetable. C’est le challenge du moment. Un phénomène qui a quitté TikTok pour s’installer sur les autres plateformes.
Le réseau social chinois, connu pour ses tendances virales, a encore démontré sa capacité à façonner le langage social. Mais cette fois, la trend a franchi une étape supplémentaire : elle a débordé de la plateforme. En ce début d’année, le challenge « Moi au moins » circule partout. De TikTok à Snapchat, de WhatsApp à Facebook, il se glisse dans les statuts, les légendes, les commentaires et même les discussions hors ligne.
Le principe est simple: commencer une phrase par « Moi au moins… » pour retourner une situation peu flatteuse en victoire narrative. On part d’un défaut, d’un échec, d’un malaise ou d’un complexe, pour le contrebalancer par une réplique qui sauve l’honneur parfois absurde, parfois ironique, souvent grinçant. C’est l’art de relativiser avec humour, mais aussi une manière subtile de reprendre le contrôle du récit.
Les marques sénégalaises surfent aussi sur cette vague humoristique. Dans ce registre, deux acteurs se distinguent particulièrement : Orange Money et Wave. Orange Money choisit une approche rationnelle, ancrée dans l’usage quotidien :
« Moi au moins, mes transferts sont gratuits. ». L’accent est mis sur l’économie réalisée par l’utilisateur, un argument qui touche directement le vécu des consommateurs, notamment dans un contexte où chaque franc compte.
Cette formulation vise à capter l’attention, rappeler un bénéfice concret, renforcer la perception d’un avantage compétitif et installer une préférence basée sur l’efficacité. Le ton est léger, mais le message est sérieux : Orange Money se positionne comme une solution pratique, économique et rationnelle.
Wave, à l’inverse, investit le terrain de l’émotion:
« Moi au moins, les Sénégalais m’aiment bien. »
Ici, on ne parle ni de prix ni de fonctionnalités. On parle de popularité. Le message suggère une marque adoptée par le public, presque plébiscitée. Une marque qui ne s’impose pas, mais qui est choisie.
Ce positionnement cherche à renforcer une image de proximité, de familiarité et d’ancrage local. Il joue sur le sentiment d’appartenance, sur l’idée d’une marque « du peuple », comprise et acceptée par ses utilisateurs. Ce n’est plus un discours de performance, mais un discours de relation.
À travers ces deux exemples, le challenge « Moi au moins » montre comment des marques, y compris dans le secteur financier, peuvent s’exprimer de manière créative, divertissante et mémorable. L’objectif n’est pas nécessairement de disqualifier le concurrent, mais de clarifier sa propre promesse et d’occuper un espace précis dans l’esprit du consommateur.
Mais ce phénomène en dit aussi beaucoup de notre rapport contemporain à l’image, à la critique et à l’authenticité.
Sur TikTok, et plus largement sur les réseaux sociaux, les utilisateurs se détournent progressivement des mises en scène pour des récits plus bruts, plus désinvoltes, parfois volontairement maladroits.
En 2026, les réseaux sociaux valorisent de plus en plus l’authenticité perçue. Le « Moi au moins » s’y inscrit pleinement et permet de briser les codes, de montrer l’envers du décor et de revendiquer l’imperfection comme une posture assumée.
Arame NDIAYE

