Les chiffres font froid dans le dos et rappellent l’urgence de combattre le péril plastique. C’est une œuvre de salubrité publique qui implique l’engagement de tous. Trop gigantesque pour être réduit au combat d’un seul gouvernement.
Tenez-vous bien : chaque minute, 40 tonnes de plastique se déversent dans l’océan, selon le bateau « Plastic Odyssey », de passage à Dakar pour la deuxième fois en trois ans. Dans la capitale sénégalaise, la décharge de Mbeubeuss, exploitée depuis 1968, reçoit plus de 4.000 tonnes de déchets par jour, d’après la Société nationale de gestion intégrée des déchets (Sonaged). Dans la baie de Hann et sur nos plages, les sachets et emballages envahissent rues et caniveaux, étouffant l’environnement et les moyens de subsistance de milliers de Sénégalais.
Le Sénégal a légiféré. Depuis 2015, puis en 2020, les plastiques à usage unique sont interdits. Mais sur le terrain, la loi reste largement lettre morte : les sachets d’eau continuent de circuler, et les textes d’application tardent.
Pourtant, le plastique met plus de 400 ans à se dégrader et constitue 73 % des déchets présents sur nos plages, selon l’Institut supérieur de l’environnement (Ise). Il tue poissons, oiseaux et tortues, et revient dans nos assiettes sous forme de microplastiques, menaçant notre santé. L’Ise souligne que 99 % de cette pollution est invisible, se déposant dans l’eau ou se décomposant en micro-particules.
Au-delà de l’environnement, le plastique a aussi un impact sur la santé humaine. Il contient des produits chimiques cancérigènes, capables d’interférer avec notre métabolisme et d’augmenter le risque de certains cancers, notamment hormonaux.
Face à cette urgence, le gouvernement se mobilise. Le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, Dr Abdourahmane Diouf, a annoncé en décembre 2025, à l’Assemblée nationale, le lancement de programmes d’éducation à la citoyenneté écologique, destinés à sensibiliser les jeunes, les entreprises et les collectivités. Une évaluation nationale du dispositif légal est en cours, et des ateliers sont prévus pour ajuster le cadre réglementaire. Ces actions permettront de former et mobiliser la population afin qu’elle devienne actrice de la transition écologique.
Des solutions concrètes existent déjà. À Dakar, le projet « Sunu Plastic Odyssey », soutenu par « Plastic Odyssey », déploie des unités locales de recyclage transformant les déchets plastiques en ressources. Grâce à ce modèle, une dizaine d’unités sont déjà opérationnelles en Afrique de l’Ouest, créant emplois et filières durables.
En visitant le bateau mardi dernier, le ministre a déclaré que le Sénégal allait s’inspirer des bonnes pratiques. Il le faut, car les équipes du navire ont déjà lancé une entreprise locale de recyclage et développent un réseau de petites unités conteneurisées en partenariat avec des entrepreneurs sénégalais. À chaque escale, le navire identifie des solutions efficaces, forme des porteurs de projets et sensibilise autorités, entreprises et scolaires aux enjeux de la pollution plastique.
Le plastique peut devenir une ressource si l’on agit ensemble. L’heure est venue de faire preuve de courage afin d’appliquer la loi, de soutenir les initiatives locales, de former et sensibiliser les citoyens et d’accompagner les alternatives biodégradables. Le Sénégal a les solutions, et les chiffres montrent la gravité du problème. Il ne reste plus qu’à tous (pouvoirs publics et citoyens) de prendre le cap sur les bonnes pratiques, avant que Mbeubeuss et nos plages ne deviennent un héritage toxique.
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