Il est venu, il a souri, il a parlé de football. Patrice Motsepe, président de la Confédération Africaine de Football (Caf) , a effectué une visite au Sénégal le mercredi 8 avril 2026. Avec le tact d’un diplomate et la précision d’un homme d’affaires qui sait exactement pourquoi il a fait le déplacement.On lui a déroulé le tapis vert. Les poignées de mains chaleureuses, les photos officielles, les discours convenus sur « l’avenir radieux du football africain ». Motsepe était en forme. Il a même pris le temps de parler des supporters sénégalais retenus au Maroc. Touchant.
Il s’est aussi exprimé sur le dossier brûlant qui oppose le Sénégal au Maroc devant le Tribunal Arbitral du Sport (Tas). Une affaire qui sent la poudre, où les Lions la réclament leur dû après une décision de la Caf jugée pour le moins… créative. Motsepe a soigneusement dosé ses mots. Assez pour montrer qu’il était au courant. Pas assez pour froisser qui que ce soit. L’art du funambule institutionnel, maîtrisé à la perfection.
Mais voilà. Derrière le programme officiel, derrière les sourires et les platitudes sur « le développement du football à la base », il y avait un autre agenda. Plus discret. Moins photogénique.
Le Sénégal et la Caf : un contentieux qui dérange
Car pendant que Patrice Motsepe jouait au grand ambassadeur du ballon rond, une ombre planait sur sa visite. Celle des accusations de corruption portées par le Sénégal contre la Caf. Des accusations sérieuses, documentées, qui pointent vers des pratiques obscures au sein de l’institution qu’il préside. Des allégations qui, dans n’importe quelle organisation digne de ce nom, auraient déclenché une enquête indépendante, des auditions, peut-être même quelques démissions. À la Caf, elles ont déclenché… une visite de courtoisie. On comprend mieux, soudain, le vrai sens du voyage. Quand une fédération membre commence à parler trop fort, à agiter des documents compromettants, à menacer de porter ses griefs devant des instances internationales, le président de l’instance continentale ne reste pas les bras croisés. Il prend l’avion. Il vient calmer le jeu, en personne. Avec tout le poids de sa fonction et de sa fortune (rappelons que l’homme est milliardaire) pour rappeler, avec le sourire, que les familles ne se déchirent pas en public.
C’est ce qu’on appelle, dans les cercles feutrés du sport business africain, « la gestion des parties prenantes ». Dans le langage courant, on dirait plutôt : éteindre l’incendie avant que les pompiers arrivent.
Sauvegarder ses intérêts
Patrice Motsepe n’est pas venu au Sénégal pour le football. Enfin, pas seulement. Il est venu pour ses intérêts, ceux de la Caf, de son image, de sa présidence. Une institution qui, sous sa gouvernance, continue de naviguer entre opacité financière et scandales récurrents, tout en se drapant dans un discours de modernité et de transparence qui ferait rougir un communiqué de relations publiques.
Le plus fort dans tout ça ? Il est reparti auréolé. Certains médias ont salué la « visite constructive ». Les officiels sénégalais ont parlé de « dialogue fructueux ». Et les accusations de corruption ? Elles attendent toujours, quelque part dans un tiroir, que quelqu’un ose vraiment les ouvrir. Et hasard du calendrier, il s’est rendu au Maroc dès le lendemain, comme pour rendre compte. Et c’est là-bas qu’il a évoqué la corruption, attaquant subtilement le Sénégal. « J’encourage vivement toute personne qui doute de l’intégrité de la Caf et l’accuse de corruption à porter plainte et à emprunter les voies légales ».
Pendant ce temps, le Tas rendra son verdict. La justice du sport dira ce qu’elle a à dire. Et Motsepe, lui, sera déjà à son prochain arrêt, souriant, poignardant des mains, parlant de l’avenir radieux du football africain. Parce que c’est ça, le vrai talent de Patrice Motsepe : transformer chaque visite intéressée en geste de générosité. Et convaincre tout le monde qu’il est venu pour eux. Le Sénégal méritait mieux qu’une visite diplomatique habillée en communion footballistique. Le football africain méritait un président qui répond aux accusations, pas qui les contourne à coup de voyages officiels.
Mais on a eu Motsepe…et ses sourires.
Par Oumar Boubacar NDONGO

