Trois ans avant l’échéance, le match pour la succession de Patrice Motsepe est déjà lancé. Dans les coulisses de la Caf, les premières manœuvres sont engagées.
Le dirigeant sud-africain, qui ne devrait pas briguer un troisième mandat en 2029, laisse entrevoir une bataille disputée. Il a d’ailleurs fermé la porte à toute ambition politique dans son pays, malgré le départ annoncé de son beau-frère, le président Ramaphosa. Dans ce contexte, un nom revient avec insistance : Samuel Eto’o. Si aucune candidature n’est encore officielle, le président de la Fecafoot apparaît déjà comme l’un des favoris de cette course qui ne dit pas encore son nom. Arrivé à la tête de la Caf en 2021, Motsepe aura dirigé l’instance pendant deux mandats si celui en cours va à son terme. Réélu sans opposition le 12 mars 2025, à l’occasion de la 14e Assemblée générale extraordinaire au Caire, son mandat a été prolongé jusqu’en 2029.
Voir sa succession alimenter les débats aussi tôt n’est pas anodin : d’ordinaire, ce type de bataille se joue dans les derniers mois précédant l’élection. Cette fois, le mercato politique a pris plusieurs saisons d’avance. En arrière-plan, plusieurs observateurs évoquent un refroidissement entre Motsepe et Gianni Infantino, candidat à un nouveau mandat à la Fifa en 2027. Longtemps alliés, les deux dirigeants ne partageraient plus la même lecture de certains dossiers stratégiques. La dernière preuve en date est le protocole d’accord conclu entre la Caf et l’Uefa, qui a permis à l’arbitre soudanais Omar Artan d’officier lors de la Supercoupe d’Europe, alors qu’il n’avait pas participé à la dernière Coupe du monde après s’être vu refuser l’accès au territoire américain.
À Zurich, ce rapprochement avec l’Uefa aurait été perçu comme un signal d’émancipation de la Caf. C’est dans ce contexte qu’Eto’o prend de l’épaisseur. Malgré un mandat camerounais mouvementé, l’ancien buteur du Fc Barcelone et de l’Inter Milan conserve une influence réelle auprès d’une partie des dirigeants africains. Son aura, son réseau et sa proximité souvent évoquée avec Infantino alimentent les spéculations autour d’une candidature. Et ce rapprochement n’a rien de théorique. En janvier 2025, la Caf avait rejeté sa candidature à un siège au Comité exécutif, en raison d’une condamnation prononcée en 2024 dans une affaire de matches truqués. Saisi en urgence, le Tas avait tranché en sa faveur.
Le 12 mars 2025, au Caire, il est élu par acclamation au Comex, comme représentant de l’Afrique centrale. Motsepe lui proposera la vice-présidence de la Caf, qu’il choisira de décliner. Un signe, pour certains, d’un homme qui ne veut plus se contenter d’un strapontin. Déjà en 2017, plusieurs médias avaient prêté à l’entourage du président de la Fifa un rôle déterminant dans l’élection d’Ahmad Ahmad face à Issa Hayatou. Quatre ans plus tard, la suspension du dirigeant malgache, condamné en novembre 2020 par la Commission d’éthique de la Fifa à cinq ans d’interdiction avant que le Tas ne réduise la peine à deux ans, l’avait écarté de sa propre succession et ouvert la voie à l’élection sans opposition de Motsepe, en mars 2021 avec le soutien affiché d’Infantino.
Une séquence qui avait renforcé l’idée d’une influence grandissante de Zurich sur les équilibres de la Caf. Et ce n’est pas un hasard. Avec ses 54 fédérations, la Caf constitue le plus important bloc électoral de la Fifa. Pour tout président en quête de réélection, s’assurer son soutien représente un avantage stratégique considérable. Les grandes réformes du football mondial, les investissements et l’organisation des compétitions passent aussi par l’Afrique. Le compte à rebours est bien lancé mais rien n’est encore joué. D’autres candidats peuvent émerger d’ici à 2029, et la géopolitique du football pourrait encore redistribuer les cartes. Une certitude, toutefois : le match de la succession est bel et bien lancé. Et dans cette bataille pour la présidence, où les réseaux et les alliances comptent souvent autant que les programmes, Samuel Eto’o, désormais installé au cœur du Comex de la Caf, semble avoir pris une longueur d’avance.
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