Pendant que les Sénégalais débattent du « buzz Amy Mara » et du « déparomètre » (un baromètre mis au point par un journaliste sénégalais qui prétend mesurer les chances d’un responsable politique de rejoindre le camp présidentiel suivant ses prises de position sur les réseaux sociaux), Hong Wang a reçu, le 23 juillet dernier, la médaille Fields, l’équivalent d’un Nobel de mathématiques, en résolvant un problème vieux de plus d’un siècle.
La mathématicienne chinoise de 35 ans, qui enseigne en France et aux États-Unis, devient la troisième femme au monde à recevoir cette prestigieuse récompense depuis la création du prix en 1936, succédant aux mathématiciennes iranienne Maryam Mirzakhani (2014) et ukrainienne Maryna Viazovska (2022). La géographie de ces trois lauréates renseigne sur l’importance de maîtriser la science dans un monde incertain. L’Ukraine et l’Iran parviennent à résister avec ingéniosité à des agressions militaires grâce à l’innovation technologique, notamment les drones. Quant à la Chine, elle bouscule l’ordre mondial grâce à un investissement massif dans l’éducation et la science. D’ailleurs, un autre chinois, Yu Deng, a également reçu la médaille Fields cette année, confirmant la montée en puissance ces dernières décennies de la Chine dans le domaine des mathématiques, talonnant les États-Unis qui détiennent le record de lauréats.
À noter qu’il n’existe aucun mathématicien né et vivant en Afrique subsaharienne qui a reçu cette distinction – le seul lauréat né en Afrique est le mathématicien sud-africain Richard Boercherds récompensé en 1998. Ce qui amène certains à se poser des questions sur les aptitudes des Africains en mathématiques. Au Sénégal, on constate une baisse de niveau, non seulement en français, mais surtout en mathématiques. La philosophie et les mathématiques sont considérées comme la cause du taux d’échec élevé au Bac : le taux national global de réussite au baccalauréat sénégalais 2026 est de 53,44 %. Pour ce qui est de la philosophie, les enseignants pointent du doigt, entre autres, la formation des enseignants, les méthodes d’enseignement, le programme ou encore le choix des sujets à l’examen.
Concernant la science de Pythagore, l’équation est encore plus complexe. Selon les rapports officiels les plus récents, environ 70 % des étudiants sont inscrits dans les filières de lettres et sciences sociales, contre 41,4 % dans les Stem (sciences, technologie, ingénierie et mathématiques). Pourtant, d’après les spécialistes, il existe une universalité de la capacité mathématique. « Les mathématiques reposent sur des dispositions cognitives fondamentales que l’on retrouve chez tous les êtres humains. Elles mobilisent des capacités qui existent à un niveau très élémentaire dans le cerveau humain », expliquait le philosophe sénégalais Mouhamadou El Hady Ba dans un entretien accordé au « Soleil » le 2 juillet 2026. Pour autant, précisait ce spécialiste des sciences cognitives, le développement des mathématiques dépend fortement de l’éducation, de la langue et de l’environnement culturel. Ainsi, selon les contextes culturels, certaines notions peuvent être plus facilement assimilées que d’autres.
C’est pourquoi il est important de tenir compte des langues et des systèmes de représentation locaux dans l’enseignement des mathématiques. Des penseurs comme Abdoulaye Elimane Kane ont montré que certaines langues africaines possèdent des systèmes de numération différents de ceux des langues européennes. D’après Hady Ba, ces particularités peuvent constituer des ressources pédagogiques importantes. Elles permettent parfois d’aborder certaines notions mathématiques sous un angle original. Les difficultés rencontrées par les élèves sénégalais en mathématiques ne sont donc pas seulement liées à leurs capacités individuelles. Elles dépendent aussi des méthodes d’enseignement et de la manière dont les savoirs sont transmis.
seydou.ka@lesoleil.sn


