Les trois dernières semaines, le football a servi de détonateur. La parole raciste s’est libérée, les dérives identitaires se sont accentuées et la violence symbolique a envahi les réseaux sociaux. Les nerfs à vif, même les plus modérés se sont parfois laissés aller à des excès peu glorieux. Si le football est une passion, il a surtout déchaîné les passions. Et comme le dit l’adage, « la passion élève, les passions abaissent ». Les sanctions de la Caf étant désormais connues, chacun campe néanmoins sur ses positions, à l’image de la finale elle-même, interprétée selon des prismes nationaux, non sans une bonne dose de chauvinisme. C’est de bonne guerre.
Côté marocain, on estime les sanctions excessives et injustifiées. Côté sénégalais, on considère que la commission de discipline de la Caf a eu la main trop lourde envers Pape Thiaw, Iliman Ndiaye, Ismaïla Sarr et la Fédération sénégalaise de football. Heureusement, la Fédération sénégalaise de football n’a pas cédé à la clameur populaire. Sa décision de ne pas interjeter appel mérite d’être saluée. Elle ne relève ni de la faiblesse ni d’un aveu de culpabilité, mais d’un choix réfléchi, empreint de sagesse. Alimenter la polémique n’aurait eu pour seul effet que d’installer durablement le football sénégalais dans un climat délétère. Après les multiples bonds, rebonds et rebondissements, il était temps de mettre balle à terre. D’autant plus qu’il n’y a pas lieu de faire la fine bouche. Nous savions tous que des sanctions tomberaient. Il restait à en mesurer l’ampleur. Sportivement, l’impact est limité. Deux matchs de suspension pour deux joueurs ne constituent pas un préjudice majeur pour une sélection dont le banc a démontré sa profondeur lors de la Can.
Même privés de cadres, les Lions disposent des ressources nécessaires pour avancer. Quant à Pape Thiaw, suspendu pour cinq rencontres, il demeure autorisé à exercer ses fonctions, à l’exception de sa présence sur le banc. Depuis les tribunes, appuyé par les outils de communication modernes, il pourra continuer à orienter son équipe. Un adjoint est précisément là pour assurer l’intérim. Au plan financier, là encore, le Sénégal dispose de marges de manœuvre suffisantes. Entre la qualification au Mondial et le sacre continental, les ressources engrangées permettent d’absorber sans difficulté les amendes infligées. À cela s’ajoute une évidence : en appel, rien n’est jamais garanti. S’engager dans cette voie relève souvent d’un pari à double tranchant, avec le risque de sanctions alourdies. D’autant plus que le président de la Caf, Patrice Motsepe, semble lui-même peu satisfait de la décision rendue. Son communiqué publié vendredi dernier, bien que soigneusement formulé, laisse transparaître un malaise et met, de manière sibylline, la pression sur la Commission d’appel de la Caf.
En effet, s’il affirme respecter « l’ensemble des décisions de nos instances judiciaires », la convocation d’une réunion du Comité exécutif pour réexaminer les règlements, notamment le Code disciplinaire, afin de renforcer le caractère « dissuasif » des sanctions, interroge. Cette posture alimente le sentiment, largement partagé, d’un manque de neutralité pourtant inhérent à sa fonction. Une perception renforcée par certaines images : son attitude dans les tribunes lors du penalty manqué de Brahim Diaz, puis sa gêne lors de la remise du trophée. Or, s’il est un chantier qui aurait mérité une réunion d’urgence, voire de véritables états généraux à l’issue de cette Can, c’est bien celui de l’arbitrage. Car malgré les déclarations du président de la Caf qui affirme avoir fait de l’indépendance et de l’impartialité de la Commission des arbitres une priorité de son mandat, le constat est implacable, rien n’a fonctionné. Récusations à répétition, désignations de dernière minute, décisions contestables sur le terrain, nomination tardive du président de la Commission des arbitres, le Congolais Olivier Safari Kabene, dont la sortie médiatique pour le moins déroutante, à la veille de la divulgation des sanctions, constitue une violation du devoir de réserve. Autant de dysfonctionnements qui fragilisent la crédibilité de l’institution. À vouloir réviser le Code disciplinaire, la Caf se trompe peut-être de combat. L’urgence est ailleurs.
elhadjibrahima.thiam@lesoleil.sn

