De la Patte d’Oie au Palais de la République, Dakar a vibré au rythme des chants et des drapeaux, symbole d’une nation en liesse lors de la parade des « Lions » de la Teranga de retour du Maroc, après leur sacre continental. L’émotion s’est même étendue au-delà des rues, pénétrant jusque dans les établissements pénitentiaires, notamment à Rebeuss où les détenus ont, eux aussi, exprimé leur bonheur et leur patriotisme.
Dans une vidéo virale, on aperçoit des pensionnaires de cet établissement pénitentiaire jubiler et chanter la gloire du Sénégal et de l’équipe nationale de football. Ce moment de célébration partagée, même “derrière les barreaux”, illustre la puissance du football comme vecteur d’unité, d’espoir et d’identité nationale. Il montre combien la victoire des « Lions » transcende les divisions sociales et les murs pour rassembler tout un peuple autour d’une fierté commune. Le cas de l’ancien international sénégalais, Ibrahima Sonko, est presque similaire à celui des pensionnaires de cette maison d’arrêt et de correction. À la seule différence qu’il est en liberté. Manager des talents et entraîneur adjoint à l’Oh Louvain (D1 Belge), il a été sanctionné par son club après avoir manifesté sa joie dans le bus, à la suite du sacre des « Lions ». Une réaction jugée déplacée par certains membres du club, mais que l’intéressé assume pleinement. Car au même moment, son équipe s’était inclinée sur le terrain de Saint-Trond (1-0) et se retrouvait en grand danger au classement pour sa survie en D1 belge.
Malgré l’ambiance lourde dans le bus de son équipe, Sonko, lui, avait l’esprit à Rabat où son pays vivait un scénario aussi fou qu’asphyxiant. Jusqu’à la panenka manquée de Brahim Diaz et au but libérateur de Pape Guèye. Un tourbillon d’émotions qui a emporté Sonko au coup de sifflet final, à tel point que l’ex-joueur de Grenoble, déchaîné et fou de joie, s’est mis à célébrer la victoire des siens « en chantant et en dansant », selon le récit d’un quotidien belge. Cette attitude a été visiblement très mal vécue par les joueurs de Louvain, qui s’en seraient plaints à leur direction. Celle-ci a décidé, en retour, de frapper fort. Et Sonko a été sanctionné alors que son rôle était jusque-là d’accompagner l’équipe première, avec l’idée d’encadrer les talents du club et de faciliter leur intégration au sein du groupe pro. Il a appris son soudain déclassement et sa mission se limitera désormais à… l’équipe U23. Difficile donc d’étouffer un sentiment de bonheur qui surgit sans prévenir, s’impose à la conscience et résiste aux tentatives de contrôle. On peut feindre l’indifférence, se retrancher derrière la raison ou le silence, mais le bonheur, lorsqu’il est authentique, trouve toujours une faille par laquelle il s’exprime.
Privés de liberté, les détenus ne se sont pourtant point privés de joie. Leur cri de bonheur a profondément ému plus d’un. Passants et curieux ont marqué un temps d’arrêt pour contempler ce spectacle d’une haute portée philosophique et patriotique. Ces hommes venaient ainsi d’administrer une véritable leçon de vie. Face aux épreuves et aux vicissitudes de l’existence, ils rappellent qu’il convient de demeurer digne en toute circonstance et d’aimer sa patrie. Certes, cette joie, née d’un instant particulier, n’avait rien d’ordinaire. Elle s’apparentait plutôt à un cri silencieux : celui des êtres humains s’accrochant à un moment de bonheur, telle une bouffée d’air salvatrice. Il est communément admis que la joie de vivre contribue à vaincre le stress et l’angoisse existentielle.
Ces images nous rappellent également que derrière chaque détenu, se cache un être humain, porteur d’une histoire, de blessures, de regrets et, parfois, d’un espoir qui refuse de s’éteindre. Elles soulignent aussi la fragilité des équilibres et rappellent que la liberté demeure un combat perpétuel. Elles enseignent enfin que la dignité ne se décrète point : elle se conquiert. Elle s’acquiert par le courage et la persévérance, en se battant, pour reprendre les mots du double champion d’Afrique Sadio Mané, « comme un vrai homme ». Car, la vie n’est point un long fleuve tranquille : il arrive que l’on trébuche. L’essentiel est alors de se relever, d’extraire le meilleur de soi-même et de conserver l’espérance que, par-delà la justice des hommes, œuvre la main invisible du divin. Espérons que l’enthousiasme de ces détenus conduira à leur libération à l’issue d’un procès qui leur permettra de reprendre goût à la vie.
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