La musique sénégalaise contemporaine cultive un lien puissant avec l’enfance, les récits de quartier et les jeux traditionnels pour aborder des réalités universelles. Amadeus explore ce retour aux sources à travers son tout nouvel album DIGG DOOLÉ. Entre afropop et sonorités traditionnelles, l’artiste joue sur l’énergie des expressions populaires. Le titre dynamique DOUGI DOUGI, en collaboration avec Aida Samb, s’articule autour de rythmes saccadés qui évoquent instantanément la spontanéité d’un jeu de quartier, tandis que des pistes comme GUINTE WALIMA affichent une musicalité entêtante, presque enfantine dans leur construction.
Cette plongée dans l’enfance n’est pourtant pas une affaire de génération. Bien avant lui, Wasis Diop avait déjà fait de la candeur des cours de récréation et des souvenirs d’enfance une matière de ses compositions afro-jazz poétiques. Dans son titre phare Voyage à Paris, il oppose directement l’insouciance des jeux d’enfants à la rudesse de l’immigration. Cette oscillation se ressent aussi dans le morceau Parler, empreint de nostalgie, et dans sa fable rythmée L’ergot de coq. Pour la bande originale du film Une saison en France, il est allé jusqu’à s’appuyer sur une structure épurée et répétitive, proche de celle d’une comptine, pour accompagner la tragédie du récit. Son titre Rai M’bele reste également inoubliable et assez évocateur.
Momo Dieng s’inscrit aussi dans cette mouvance avec son tout nouveau single, RAAY, sorti sous le label Prince Arts. Dans ce morceau mbalax, l’artiste intègre subtilement les variations du célèbre jeu traditionnel « raay mêlé », un jeu de ruse et de contact typique des enfants au Sénégal. L’énergie de la rue s’y mêle à une instrumentation moderne pour transformer les souvenirs de jeunesse en un véritable hymne dansant et intergénérationnel.
Cette filiation artistique se retrouve également chez la nouvelle génération, à l’image d’Ashs The Best. Le jeune artiste intègre l’esprit ludique de la banlieue dakaroise et la tradition orale dans ses morceaux, notamment avec le titre Bukki, qui remet au goût du jour les fables animalières racontées aux enfants. Ses rythmiques courtes et ses chœurs scandés, notamment sur des morceaux comme Ayway Samba, rappellent les rondes et les jeux collectifs d’Afrique de l’Ouest. Ses productions épurées, proches par moments de la berceuse folk, font elles aussi vibrer la corde de la transmission intergénérationnelle.
D’un artiste à l’autre, d’une génération à une autre, les formes changent, mais quelque chose demeure. Les jeux de quartier, les comptines, les fables et les expressions populaires continuent de trouver leur chemin dans les compositions. Comme si, derrière les rythmes modernes et les productions travaillées, la musique sénégalaise gardait encore une petite place pour l’enfant qui sommeille en chacun.
Arame NDIAYE


