Le ramadan a débuté depuis la semaine dernière et les internautes ont droit aux sempiternels plateaux de télévision diffusés aussi bien sur le petit écran que sur les réseaux sociaux. À l’ère des médias sociaux, ces émissions où les chaînes télé excellent en plateau XXL, le public ne le vit plus seulement à la télé. Il le consomme partout.
Décor XXL, rimbambelles de journalistes et de chroniqueurs, publicités à n’en plus finir, il y a du tout pour animer les soirées des internautes après ndogou. Certains en vont même jusqu’à partager sur le net les making-off de ces émissions en haute dimension. Rien de nouveau sur nos chaînes. Cette année ne fera point exception. Les mêmes figures politiques, les mêmes chanteurs religieux valseront entre « la chaîne nationale », « la télévision autrement » ou encore « le miroir du Sénégal » pour nous servir, comme chaque année, le ndogou insipide dont eux seuls ont le secret.
Les présentateurs, en véritables chefs d’orchestre, ne lésinent pas sur les moyens mais également sur les looks pour mieux faire des vues. Robes et boubous haute couture, maquillages bien soignés, tout est millimétré pour transformer la spiritualité en un véritable spectacle visuel. Chaque soir, après la rupture, c’est le même scénario. Les sujets restent les mêmes et rien ne change. Tout est mis en scène pour attirer le max de sponsors mais aussi le maximum de clics.Le but recherché est de savoir qui fera le plus de vues ? Qui décrochera le buzz du lendemain ? Qui imposera son hashtag ?
Les internautes sont aussi de la partie. À travers des directs et les questions qu’ils posent en live, ces derniers sont à la première loge. Ils commentent, ils jugent, ils partagent, ils découpent des extraits pour en faire des capsules virales. De Grand Plateau à Tandarma, en passant par Encore Plus ou encore Quartier Général, il y en a pour tous les adeptes de show, le même show sous toutes ses formes. Les sites ne sont pas en reste. Ils proposent également les mêmes contenus. Les mêmes débats, les mêmes indignations programmées, les mêmes phrases chocs recyclées. C’est à se demander où donner les yeux de la tête.
Les artistes comédiens ne sont aussi pas en reste. Chaque année, c’est le même scénario qui pullule sur les chaînes YouTube. Le « ramadan de » se décline sous toutes les formes, souvent poussant le bouchon un peu trop loin. Le ramadan version web-série devient un passage obligé, un marronnier digital.
Le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) a pris les devants avant le mois de ramadan, appelant les médias audiovisuels, quel que soit leur mode de diffusion, à accorder une attention particulière au choix des programmes diffusés durant les périodes du Ramadan et du Carême, soulignant la nécessité d’une vigilance accrue quant aux contenus proposés au public.
Dans un communiqué, le Cnra a indiqué attacher « un grand prix au respect, par les médias, de la foi, des croyances, des valeurs, des sensibilités et des identités culturelles et religieuses » du public. Il a rappelé, à ce titre, l’interdiction de diffuser tout contenu susceptible de constituer une menace pour la stabilité nationale et la cohésion sociale, d’inciter à l’intolérance, à la stigmatisation, à l’exclusion ou à la marginalisation.
Reste à savoir si l’appel sera entendu. Car entre la quête d’audience et l’exigence de responsabilité, le curseur penche souvent du côté du spectacle. Le ramadan en HD, en 4K même, avec angles multiples et éclairages flatteurs, semble parfois oublier l’essentiel : la profondeur ne se mesure pas en pixels.
Arame NDIAYE

