En attendant un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (Fmi), l’État du Sénégal ne reste pas les bras croisés. Il continue de multiplier les pistes pour disposer de liquidités, afin de financer ses projets et programmes. La dernière trouvaille est le fruit d’un accord avec la Banque ouest-africaine de développement (Boad). Il s’agit plus exactement, de la valorisation des actifs publics, via la création du Fonds de Valorisation des Actifs du Sénégal (Fovas).
En quoi consiste cette approche ? Il s’agit, pour un État ou une entreprise, de vendre ou de transférer des infrastructures qu’il possède déjà, à des investisseurs privés pour obtenir de l’argent frais. Il peut s’agir de routes, de ports, de centrales électriques, d’aéroports…Ainsi, avec l’argent engrangé, l’État peut financer de nouveaux projets, construire des écoles, des hôpitaux, des routes, des trains, etc.
Autre exemple de recyclage d’actifs, l’État peut signer un bail, parfois sur le long terme, avec des privés. L’objectif est d’extraire de la valeur d’un bien existant pour réaffecter les fonds ainsi générés au financement de nouveaux projets. Au lieu d’attendre les revenus sur le long terme, l’État monétise la valeur de l’actif pour obtenir un capital immédiat. Mais il est important de préciser que l’État conserve la propriété juridique du bien, mais n’en cède que l’exploitation, en recevant cependant, un versement initial substantiel.
Cependant, même si elle permet d’éviter d’augmenter la dette ou les impôts, tout en aidant à la réalisation de projets d’envergure, en attirant des investisseurs privés, le recyclage n’est pas sans risques.
En effet, s’il n’est pas bien négocié, il peut avoir des impacts négatifs. Les experts citent, par exemple, l’augmentation des prix de certains produits comme le péage, l’électricité…Mal encadré, le recyclage des actifs peut aussi aboutir à une situation où l’État a moins de contrôle public sur certains services. Du côté du ministère des Finances, l’objectif est clairement identifié. Dans le communiqué annonçant l’accord avec la Boad, Cheikh Diba indique qu’il s’agit, effectivement, « d’une volonté de l’État du Sénégal de structurer l’exploitation économique des actifs publics, afin de créer davantage de la valeur, d’accroitre les marges de manœuvre budgétaires et de renforcer le financement de notre développement ». Le choix semble clair et bien réfléchi. C’est d’ailleurs lors de la séance d’explication du Plan de Redressement économique et social, par le Premier ministre Ousmane Sonko, qu’il a été révélé que « l’un des véhicules de mobilisation financière préconisés pour le PRES, est le recyclage d’actifs ». Un exemple concret de recyclage d’actifs, c’est celui signé entre la Gambie et Africa50 et son programme dédié au recyclage d’actifs pour le pont de la Sénégambie.
L’explication servie par le ministre gambien des finances permet de comprendre clairement les enjeux. Seedy K. M. Keita a par exemple indiqué que cette signature « permet de libérer des capitaux supplémentaires pour répondre aux besoins de développement sans que l’État n’ait à contracter de dettes supplémentaires ». L’objectif est donc clair; partir de l’existant pour obtenir des financements sans alourdir une ardoise déjà salée.
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