Le temps du Magal, une remise en berne des priorités politiques ? En surface seulement. Le grand rassemblement religieux des mourides est plus qu’une occasion, pour les politiques, de marquer leur présence, voire leur allégeance.
Touba devient la destination bénie aussi bien avant, pendant qu’après le Grand Magal, confortant l’expression « Ila Touba » (« en direction de Touba »). Le président de la République s’y rend en premier, avant d’être suivi par les très nombreux responsables politiques qui voient, dans leur déplacement, un acte de foi, une prise de date, mais surtout une opportunité de marquer leur présence. Le Magal de cette année, comme les éditions précédentes et les prochaines, restera ce moment de rappel et de perpétuation de la foi en Allah, en Son Prophète et en Cheikh Ahmadou Bamba, paix à son âme. Il témoigne de la richesse du Sénégal en termes d’hommes de Dieu et d’érudits islamiques.
Cette édition du Magal, marquée par une pluviométrie tardive qui survient généralement en août et septembre, a épargné les fidèles des difficultés d’un pèlerinage compliqué. Mais elle a surtout offert un répit aux populations confrontées à un quotidien difficile. Il est néanmoins prévisible que les prochaines semaines risquent d’être éprouvantes au regard des pluies attendues. L’absence de précipitations avant le Magal devrait rappeler les autorités à leurs responsabilités, en les invitant à veiller sur les difficultés des populations éloignées des caméras qui s’étaient braquées sur elles durant cet événement religieux. Dans le Sénégal oriental (de Tambacounda à Bakel) et dans une partie du Nord du pays, le panorama est déjà désolant par endroits, même si certains agriculteurs se réjouissent de la situation. Ici et là, ce sont des routes coupées, des ponts qui ont cédé et des raccourcis qu’il faut désormais négocier.
L’hivernage rend certaines zones du pays inaccessibles. C’est ainsi que nous n’avons pas pu nous rendre, le samedi 1er août dernier, à Makacoulibantang à partir de Koussanar. L’objectif était de découvrir cette contrée située dans le prolongement de Ndougoussine, une zone aux énormes potentialités agricoles, mais dont l’exploitation et la mise en valeur restent difficiles. Nombreuses sont les localités de l’intérieur du pays disposant d’un fort potentiel, mais difficilement accessibles parce qu’enclavées ou simplement ignorées par le tracé des routes nationales. Il est donc impératif de les sortir de cet isolement en faisant en sorte que les grands axes routiers puissent mieux les desservir. Le paradoxe réside justement dans le tracé des routes nationales qui, au gré des choix de leurs concepteurs, dessinent de belles lignes dans certaines villes, villages et hameaux, tout en ignorant d’autres localités au passé, à l’histoire et aux cultures pourtant glorieux.
C’est notamment le cas des villes fluviales qui avaient connu leur apogée durant la période coloniale, à une époque où les routes étaient inexistantes. Des villes comme Podor, Matam ou Bakel connaissaient alors une grande prospérité grâce à un commerce florissant et à de prestigieuses enseignes françaises qui acheminaient toutes sortes de marchandises depuis des villes comme Bordeaux ou Marseille.
Ces cités semblent aujourd’hui connaître un déclin, la route nationale passant désormais quelque peu à distance. De Tarédji, il faut parcourir plus d’une trentaine de kilomètres pour atteindre Podor. À partir de Ourossogui, une dizaine de kilomètres sont nécessaires pour rejoindre Matam. Quant à Bakel, son éloignement de la nationale semble reléguer la capitale départementale au second plan, avec une bifurcation peu évidente pour le voyageur pressé qui n’a pas cette ville comme destination.
De la même manière que le trafic fluvial n’existe quasiment plus — alors même que le fleuve n’est plus cette source de vie d’antan, notamment en raison de sa pollution liée à l’orpaillage clandestin —, le chemin de fer, promis depuis plusieurs années à une renaissance incertaine, est mort de sa belle mort. Avec lui disparaissent progressivement de nombreuses villes autrefois prospères grâce au transport des personnes et des marchandises.
Si les routes sont globalement de bonne qualité au Sénégal, permettant une meilleure desserte de certaines villes, il convient désormais de faire en sorte qu’elles assurent une véritable connexion de l’ensemble des territoires. Elles devront également s’appuyer sur des infrastructures dignes de ce nom : autoroutes, ponts et équipements de sécurité permettant de relier les espaces et de faciliter la circulation des personnes et des biens.
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