Elle était annoncée. Elle est au rendez-vous.
Comme une dulcinée dont on rêve de côtoyer l’intime beauté avec impatience et qui, finalement, ne pose pas de lapin. Elle impose sa grâce et sa passion. Égyptiens et Nigérians ont tout fait pour qu’il y ait des vents contraires à cette prémonition qui n’a pas le côté funeste et dramatique du film Sixième Sens de Night Shyamalan. « Ce qui est contraire est utile, et c’est de ce qui est en lutte que naît la belle harmonie », soutient Héraclite. Et s’il avait raison… mais en partie seulement.
En effet, cette belle harmonie va devoir être une symphonie inachevée. L’amitié légendaire entre le Sénégal et le Maroc, dont la datation au carbone 14 version Ibn Battûta est située au XIVᵉ siècle, quand le voyageur né à Tanger restituait avec éloges les caractéristiques des sociétés soninkés, peules et toucouleurs. Plus proche de nous, ces liens ont été renforcés lors d’une escale historique de Mohammed V sur le chemin de son retour triomphal, le 16 novembre 1955, après plus de deux ans d’exil forcé en Corse puis à Madagascar.
Cette belle amitié séculaire, dont on nous dessine les linéaments et dont on croque avec gourmandise les bienfaits depuis le début de cette 35ᵉ Coupe d’Afrique des nations, risque d’être mise entre parenthèses le temps d’une finale rêvée.
Après s’être difficilement défaits de Nigérians teigneux mais maladroits aux tirs au but, le Maroc est au rendez-vous. Sur place, il y trouve un Sénégal sûr de sa force et dont la patience ressemble à une houle un soir de pleine lune. Demandez aux Égyptiens, qui ont pris une vague les laissant à terre sur une inspiration de l’historique Sadio Mané.
Rendez-vous est donc pris dimanche pour une querelle amicale dont seul le football a le secret.


