En 2003, avec mon « jumeau » Mamadou Lamine Badji, dans un dossier paru dans « Le Soleil » et qui nous avait valu le premier Prix africain francophone Akintola Fatoyinbo de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (Adea) – que notre brillantissime ancien syndicaliste et ministre, Mamadou Ndoye Mendoza a eu à diriger -, nous avions alerté sur la fuite des cerveaux (ou brain drain en anglais) en Afrique, c’est-à-dire l’émigration des personnes hautement qualifiées et instruites de leur pays d’origine vers d’autres parties du monde.
Un phénomène majeur et dangereux qui s’explique certes, par une « combinaison de facteurs de répulsion (pauvreté, inégalités, manque d’opportunités) et d’attraction (salaire attractif, meilleure condition de travail, accès à des technologies avancées et des centres de recherche » (Right for Education : https://rigthforeducation.org, Le 21/08/2025).
Car, c’est le continent qui, malgré ses faibles moyens, finance ainsi les études pour l’Occident, puisque la plupart des étudiants qui partent, bénéficient de bourses d’études et ne reviennent pas. La perte est donc double : économique et sociale. « La fuite des cerveaux est plus qu’une simple perte de talents. Lorsque les pays investissent dans l’éducation et la formation de leurs citoyens, et que ces derniers cherchent des opportunités ailleurs, cet investissement est souvent perdu. Pour de nombreux pays africains, cela signifie une occasion manquée de tirer parti du capital humain qu’ils ont développé. Le phénomène entraîne une pénurie d’expertise dans des domaines clés, affaiblissant la prestation des services publics et le développement des industries, et perpétuant les inégalités et la pauvreté ». (Right for Education).
Il en résulte un impact négatif sur le développement économique de l’Afrique. En 2002, Yao Assogba du département de travail social, Université du Québec en Outaouais, soulignait qu’en Afrique, 23.000 diplômés émigreraient chaque année dans les pays du Nord et cette émigration coûterait environ 4 milliards de dollars US (Le Monde diplomatique, mars 2002). (Cf. Yao Assogba : Diaspora, mondialisation et développement de l’Afrique, Département de travail social, Université du Québec en Outaouais). Un chiffre qui a connu une augmentation exponentielle. Puisqu’en 2025, près de 70.000 professionnels hautement qualifiés que le continent perd chaque année, selon l’Union africaine. Un chiffre vertigineux, qui place l’Afrique parmi les régions les plus touchées au monde. (Cf. Afrique Diplomatique. https://afrique-diplomatique.com). Facteur potentiel de développement du pays d’origine, cette diaspora est constituée de « deux catégories d’acteurs sociaux : l’homo œconomicus et l’homo donator », dit Yao Assogba.
Mais, elle compte plus d’homo donator que d’homo oeconomicus, tout leur argent servant à soutenir les familles, les terroirs…, qu’à investir dans des projets porteurs. Pourtant, selon la Banque mondiale, les envois de fonds vers l’Afrique en 2018 ont atteint 46 milliards de dollars, soit une année record. (Cf. Alternatives Humaines. https://www.alternatives-humanitaires.org. Fuite des cerveaux : l’exemple du secteur de la santé en Afrique subsaharienne, publié le 25 mai 2021).
Une manne financière qui, si elle était orientée vers l’investissement, allait, sans nul doute, booster le développement économique du continent et sortir nos États du diktat imposé par les organisations de Bretton Woods. Comme quoi, la fatalité peut devenir une opportunité, pour reprendre le titre d’une étude de l’Ird le Mag : « La fuite des cerveaux, une fatalité devenue opportunité ». (Cf. Olivier Blot, https://lemag.ird.fr, 6 juin 2025).
Autant dire que malgré les défis posés par la fuite des cerveaux, des solutions pour capter leur intelligence et leur finance existent. Certes, des gouvernements africains et les organisations internationales ont mis en place diverses politiques permettant aux personnes hautement qualifiées de travailler à l’étranger temporairement puis de retourner dans leur pays avec de nouvelles compétences et expertises. (Right for Education). L’Ua, par le biais du Nepad s’implique. Toutefois, le chemin semble long et surtout parsemé d’embûches. daouda.mane@lesoleil.sn

