Après le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le 1er octobre dernier, par une note de service (référence N°1076/MENAET/DECL/Secrétariat) signé par le directeur des écoles, lycées et collèges, Zamblé Bi Zamblé Germain, vient d’interdire aux enseignants des cours de renforcement communément appelés là-bas « renfo » payants à leurs élèves. Une décision prise par l’État à travers le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique.
La mesure qui cible principalement les enseignants qui font payer des séances de soutien à leurs propres élèves au sein des établissements, vise à « enrayer la banalisation de ces pratiques et à garantir l’égalité des chances pour les apprenants, tout en évitant les pressions exercées parfois sur les élèves pour qu’ils s’inscrivent ». (https://burkina24.com).
La Côte d’Ivoire n’est certes pas le seul pays à adopter une telle mesure. En effet, au Sénégal, depuis quelques années, la dispense de cours payants (cours de renforcement, répétitions payantes) et la vente de fascicules sont formellement interdites dans les écoles, collèges, lycées et centres de formation du secteur public, comme le rappelait le ministre Cheikh Oumar Anne, le 27 octobre 2022 (Cf. Lettre circulaire N°004465/MEPEMSLN/SG/DEMSG du 15 septembre 2010 ; Lettre circulaire N°0010/MENI/DRH/DEMSG/DEE/ du 9 février 2018).
Pourtant, l’application de la mesure reste très difficile. Car des enseignants du public trouvent des voies de contournement. Ils organisent ces cours payants dans des écoles privées où leurs élèves vont les trouver. C’est dire que le phénomène existe.
En témoigne le rappel adressé par l’ancien ministre Cheikh Oumar Anne, le 27 octobre 2022, aux inspecteurs d’Académie. « En dépit des lettres circulaires interdisant les cours payants dans les écoles et établissements publics (collèges et lycées), il m’a été donné de constater que ces cours, de même que la vente de fascicules aux élèves, perdurent », écrivait-il.
L’autre question qui vient se greffer au paiement des cours de renforcement et à l’achat obligatoire de fascicules par les élèves, est celle des manuels scolaires, notamment dans le privé. Laquelle question est devenue un cauchemar pour les parents d’élèves.
Si auparavant, on pouvait garder les livres de l’année précédente pour les remettre à nos petits frères et petites sœurs ; si on pouvait les échanger à la « librairie par terre » à coût réduit, tel n’est plus le cas aujourd’hui.
Les raisons ? L’on constate que chaque année, on sort de nouvelles éditions que les parents d’élèves, déjà tenaillés par d’autres impératifs dans un contexte de morosité économique, sont obligés d’acheter. Est-il véritablement pertinent de sortir de nouvelles éditions chaque année ? Ce, d’autant plus que certains estiment que le contenu est pratiquement le même.
Au fond, le paiement des cours de renforcement et la vente obligatoire de fascicules aux élèves, etc., ressemblent plus à une « marchandisation » ou privatisation de l’éducation, pourtant très dénoncé par tous, particulièrement par les mêmes enseignants.
En effet, la privatisation (ou marchandisation rampante) de l’éducation ne saurait se résumer à une prolifération des établissements privés au détriment de l’enseignement public. C’est tout un ensemble d’actes néfastes qui impactent négativement le droit à une éducation obligatoire et de qualité, et qui remettent en cause les principes d’équité et d’égalité.
Or, comme le soutient le gouvernement ivoirien, « la réussite scolaire ne doit pas être conditionnée par la capacité financière des parents à payer des prestations supplémentaires ».
Un point de vue que partageait déjà le ministre Cheikh Oumar Anne qui soulignait que « ces pratiques vont à l’encontre des principes d’équité et d’égalité des chances qui fondent notre système éducatif. En effet, elles créent des frais supplémentaires et instaurent une discrimination dans l’espace scolaire ».
À vrai dire, au regard des règles d’éthique et de déontologie de la profession, un enseignant doit-il exiger de son propre élève des cours payés afin de rattraper ses camarades ? Non ! Il lui appartient de hisser les faibles au niveau des meilleurs. Toute autre décision en classe ne peut qu’être discriminatoire.
daouda.mane@lesoleil.sn

