Depuis une semaine, chaque fois que j’ai le cafard, et les occasions ne manquent pas, je m’offre un nouveau shoot d’un extrait de cette désormais mythique cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026. Il en ressort une conviction : l’Afrique est un géant, le Sénégal n’est pas petit. Un terroir de cœur pour un continent de 54 pays. Le Sénégal est un pays exceptionnel. Mais l’exception n’est pas toujours synonyme de perfection. Dans cette cérémonie tant vantée, il y a eu des couacs… Oui, oui !Dans cette majestueuse fresque où l’Afrique s’est dessinée point par point, portée par l’humanité et incarnée par des présences humaines, quelques imperfections de rondeurs se sont glissées. Les deux chiffres « 2 » de 2026 n’étaient pas tout à fait parfaits. La représentation de Dakar comportait, elle aussi, quelques approximations. Mais peu importe. L’essentiel était ailleurs : montrer l’Afrique telle qu’elle est, dans sa réalité et sa complexité, et non telle qu’on la fantasme trop souvent. Oui, le Sénégal est un pays exceptionnellement imparfait.
Sur le chemin du stade Abdoulaye Wade, devenu, en ce 31 octobre 2026, un lieu de mémoire, une phrase est restée en écho : « Vos sourires serviront de lumière dans la soirée. » Il est 17 h 35. Un membre du personnel, parmi les volontaires, s’empare de son mégaphone et lance cette phrase avec une douceur qui lui donne des allures de vérité. Bien après cette soirée émerveillée, ces mots continueront de résonner dans les profondeurs de la mémoire collective africaine. Oui, le volontaire avait raison. Il y a eu un véritable hymne à la joie, porté par des Sénégalais et des Africains ébahis. Ce soir-là, le spectacle proposé a fait naître des sourires, véritables lumières dans la nuit profonde.
Le code épique, le code mythique et le code mythologique s’entrelacent pour mieux entrer en symbiose. La voix de Kiné Lam prend une dimension singulière sur un sample de « Niani Niani Bañ na », œuvre pluridécennale de Samba Kumba Kalado Dioum. Elle retrace l’épopée du refus face à un destin que l’on voudrait inéluctable : de l’annonce faite à Lat Dior au refus de Niani Kalankadougou de se soumettre sans combattre. Dans l’un des couplets, Kiné Lam revient sur un épisode et une valeur essentiels : « Samba Bineta Mame Jéej Joor ñu bañ koo yóbbu déeg bu delloo nguur ga… » Cette capacité à refuser l’indignité, à ferrailler pour l’honneur, à tenir tête aux puissants pour protéger les faibles.
La cérémonie de ce samedi historique a fait rejaillir le feu d’un ancien volcan que l’on croyait trop vieux. Et ces sentiments ne quittent pas ce peuple, héritier de valeurs, de vertus et d’une histoire culturelle si riche et si enviée. Ce substrat n’est pas une simple écume des choses. Il n’est pas non plus un écueil sur le chemin de l’excellence. Il constitue, au contraire, l’une des forces profondes qui ont permis au Sénégal de s’illustrer bien au-delà de ses frontières, en plaçant plusieurs de ses fils à la tête de grandes institutions internationales, comme l’Unesco (Amadou Mahtar Mbow), la Fao (Jacques Diouf) et l’Iaaf (Lamine Diack), ou encore en leur permettant de rayonner sur l’échiquier économique international, à l’image de Makhtar Diop (Ifc), de Moussa Touré, de Hadjibou Soumaré et d’Abdoulaye Diop, qui ont tous occupé la présidence de la Commission de l’Uemoa.
Notre terroir a également connu trois alternances politiques pacifiques (2000, 2012 et 2024), cultivé une diversité religieuse et culturelle remarquable et préservé la parenté à plaisanterie qui, dans les périodes troubles de l’esclavage, servait de bouclier et permettait de masquer certaines de nos failles intimes. Ainsi, l’existence de paradoxes est aussi visible qu’un diadème sur un front : un potentiel économique encore insuffisamment exploité, le chômage des jeunes, les inégalités, les difficultés du système éducatif, les défis de gouvernance et les tensions sociales. Certes. Mais le Sénégal demeure, prosaïquement, le seul pays de moins de 20 millions d’habitants à avoir remporté la Coupe d’Afrique des nations de football à deux reprises.
Si Alkebulan, le continent-mère, berceau de l’humanité, l’Afrique, enfanta le monde, le Sénégal en est peut-être le fils aîné.
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