Octobre rose. Une couleur chatoyante, gaie, pour parler d’une sombre réalité. D’une terrible maladie dont les souffrances, pour ceux qui la vivent comme pour leurs proches, sont incommensurables. Sa seule évocation suffit à faire frémir, tant le cancer, tous types confondus, fait peur. Il est peu de familles qui n’en aient pas éprouvé les ravages.
Cette maladie a ceci de morbide qu’elle ruine avant de tuer. Tout le monde le sait. Et pourtant, tout le monde s’accroche, lutte, livre un combat dont l’issue semble parfois presque écrite d’avance. Comme si l’on se battait contre une fatalité.
Au Sénégal, le cancer du sein entraîne plus de 1.300 décès par an, pour environ 2.220 nouveaux cas recensés annuellement, selon les chiffres avancés. Un constat glaçant, qui donne la mesure du fléau. Mais c’est aussi dans la nature humaine de s’accrocher au moindre espoir lorsque la vie semble nous échapper peu à peu.
Alors, le meilleur rempart reste la prévention. Encore faut-il qu’elle soit accessible, comprise et pratiquée. Car elle ne garantit pas d’échapper à la maladie, surtout lorsque celle-ci frappe sans prévenir. Et parler de prévention, c’est aussi parler de sensibilisation.
Au Sénégal, octobre rose est devenu un rendez-vous important, presque incontournable. Si cette campagne a fini par s’inscrire dans l’agenda national, on le doit certainement à la détermination de certaines figures. Parmi elles, la Dr Fatma Guenoune, spécialiste des pathologies cervico-vaginales et présidente de la Ligue sénégalaise contre le cancer (Lisca) depuis une douzaine d’années.
Une brave dame qui s’est tellement investie dans le combat contre les cancers féminins qu’elle a fini par en être le porte-flambeau. Grâce à elle, des milliers de femmes ont sans doute pu être prises en charge, soignées, sauvées, ou ont gagné de précieuses années de vie.
Et, ironie du sort, aujourd’hui, c’est elle que le cancer a happée. Cruel destin. Au lieu de s’apitoyer sur son sort, Fatma Guenoune a choisi de faire face. Avec un courage remarquable, elle a décidé de révéler elle-même sa maladie. Pas en pleurnichant, pas en geignant, mais en assumant cette nouvelle réalité avec le sourire.
Ce sourire qui, depuis une quarantaine d’années, accueillait les femmes malades venues frapper à sa porte, chercher une écoute, un soutien, une solution, parfois simplement une raison de continuer à espérer.
Dans les médias, Fatma Guenoune est allée raconter son histoire. Celle d’une combattante devenue, à son tour, une patiente. Pas pour quémander la pitié, encore moins pour susciter une compassion facile. Mais pour témoigner.
Pour montrer à toutes ces femmes que le cancer n’enlève ni la dignité ni le courage, et qu’il est possible de regarder la maladie en face sans renoncer à soi-même.
Son témoignage bouleverse parce qu’il renverse les rôles. Celle qui rassurait les autres a besoin, à son tour, d’être entourée. Celle qui incarnait l’espoir pour tant de femmes se retrouve confrontée à ses propres incertitudes. Mais elle n’a pas baissé les bras.
Elle parle, elle témoigne, elle expose sa vulnérabilité, et ce faisant, elle poursuit son combat. En choisissant de rendre sa maladie publique, Fatma Guenoune prolonge, autrement, le travail qu’elle mène depuis des décennies.
Son histoire devient un message adressé à toutes les femmes : ne pas attendre, se faire dépister, consulter, écouter son corps. Et ne jamais laisser la peur empêcher de chercher de l’aide.
En ce mois d’Octobre, une rose pour Fatma. Pas une rose de circonstance, offerte le temps d’une campagne avant d’être oubliée. Une rose de gratitude, de respect et de solidarité. Celle qui ne fane pas : pour toutes ces années consacrées aux autres ; pour les femmes qu’elle a accompagnées.
Et pour cette leçon de courage qu’elle nous donne aujourd’hui, au moment même où elle en a, elle aussi, le plus besoin. Bon rétablissement, Dr Guenoune. Le Sénégal vous doit bien plus qu’une rose.
elhadjibrahima.thiam@lesoleil.sn

