«Famille et école : les valeurs à rude épreuve ». Tel était le titre de notre dernière chronique. L’objectif était d’attirer l’attention de tous sur la question. Tant ce qui se passe dans l’institution scolaire écœure et inquiète. Inquiétant, parce que ces faits et gestes déplorables sont plus l’œuvre des élèves, ceux que l’école est censée former et surtout éduquer. En effet, les actes répréhensibles qui se passent dans nos établissements scolaires dépassent l’entendement.
Après une école qui se dénude lors des activités des Foyers scolaires communément appelés Fosco, comme ce fut le cas, le 9 mai dernier, au terrain du Cdeps de Ziguinchor par les élèves de l’école privée Saint Antoine de Padoue ; organise « sabar » (tam-tam) et « Simb » (faux Lion) ; après une école qui s’enivre, se drogue avec l’usage par les élèves de substances alcooliques comme le « volet », le « zombie », etc., de produits émergents du tabagisme appelés « puffs » ; après que des élèves décident de déchirer leurs cahiers parce qu’ils vont en vacances ; refusent de faire des devoirs par surprise ; voici que des élèves des lycées et collèges de Mbacké leur emboîtent le pas en refusant systématiquement de participer à des évaluations standardisées du premier semestre, au point de pousser le ministère de l’Éducation nationale à publier un communiqué pour exprimer ses « vives préoccupations », non sans rappeler les sanctions auxquelles ils s’exposent. Raisons évoquées par ces élèves : les perturbations engendrées par les nombreuses grèves des enseignants au cours de la période écoulée. Et ce n’est pas fini. À Ziguinchor encore, cette semaine, un élève a grièvement blessé un enseignant lors d’une bagarre avec son camarade, poussant le G7 à décréter un mot d’ordre de grève de 48 h.
L’école dans tous ses états, nous dit un ami. Qu’est-ce qu’il a raison ! Car, en réalité, depuis quelques années, personne ne peut énumérer les actes répréhensibles de nos potaches dans les établissements scolaires. Des actes que les statistiques ne prennent pas véritablement en compte. C’est dire que les lignes sont en train de bouger dans le mauvais sens. Dès lors, on comprend alors pourquoi notre école est marquée par « une dégringolade de performances scolaires, un fort taux de décrochage ». (Cf. Elhadji Baba Mbaye enseignant vacataire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) : « Crise scolaire et crise sociale à l’épreuve de l’école sénégalaise : cycle moyen et secondaire »). Des mesures doivent être prises pour mettre fin à cette situation de défiance et de déviance des élèves, si l’on veut sortir de la spirale négative de baisse du taux de réussite aux examens et concours, de la qualité des enseignements-apprentissages. Ces actes, aujourd’hui, doivent nous amener à plus nous interroger sur la mission éducative de l’école. Peut-être que le modèle d’éducation que l’on offre à nos élèves, depuis maintenant de nombreuses années, n’est plus adapté à leur goût, à leur curiosité, à leur époque.
Et il est donc heureux que l’État ait pensé à refonder le système éducatif afin de former des citoyens modèles. Cela est plus qu’un impératif. Comme le dit Papa Abdou Fall de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, « l’éducation est nécessaire. Même si elle ne peut pas tout, on ne peut rien sans elle. Sans elle, rien d’humain ne se fait. L’éducation doit être distinguée de l’instruction. Éduquer n’est point simplement instruire, et instruire n’est point encore éduquer. L’instruction se limite souvent à faire connaître des savoirs et des valeurs. Or, faire connaître n’est pas encore faire aimer. L’éducation, quant à elle, doit faire connaître et aimer les savoirs et les valeurs pouvant assurer une bonne organisation sociale et une promotion d’un bon idéal de vie. Elle doit être active, participative et libératrice. Elle doit socialiser l’individu et faire de lui une personne ». (Cf. Papa Abdoul Fall : Crise des valeurs et éducation, Revue Akofena, 2022 : https://www.revue-akofena.com).
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