«En Corée du Sud, le fonctionnaire le mieux payé est l’enseignant. Pour avoir le statut d’enseignant en Corée du Sud, il faut se lever très tôt. Et c’est ainsi que la Corée, en l’espace d’une génération, est sortie de l’abîme et est devenue une lumière, parce que tout commence à l’école », disait Yasmina Khadra, écrivain, lors d’une conférence-débat, à Bozar, le 2 octobre 2018, organisée par la Fondation « CECIN’ESTPASUNECRISE ». Si l’écrivain évoque le cas de la Corée du Sud, c’est pour dénoncer ce qui se passe dans son pays. À son avis, de nos jours, l’État français a dépossédé l’enseignant de son autorité. « Il faut rendre l’autorité à l’enseignant », disait-il, se rappelant que pour sa génération, « regarder un professeur dans les yeux était une profanation ». Aujourd’hui, dénonçait-il, « le professeur ne peut rien faire face à l’élève. Mais, c’est l’élève qui le bat et c’est lui qui va se plaindre d’avoir été agressé ». En somme, d’après l’écrivain Yasmina Khadra, on a appauvri le côté charismatique du professeur à l’école, non sans demander à rendre au professeur ce qui fait de lui un professeur, c’est-à-dire un phare, quelqu’un qui oriente une jeunesse vers quelque chose de merveilleux.
Autrement dit, l’autorité de l’enseignant doit être restaurée. Non pas lui permettre de battre les enfants, mais que le respect dû à son rang soit accepté par tous pour mettre un frein à la tyrannie juvénile souvent cautionnée par certains parents. Car, en France comme au Sénégal, ces dernières années, les attaques physiques et verbales contre les enseignants sont légion, au point qu’au pays de Marianne, des enseignants, dans une émission « prof en 2019 : un métier dangereux ? » sur C8, n’ont pas hésité à qualifier les élèves d’« enfants rois » à qui on ne peut plus rien dire et qui ont le soutient total des parents prompts à aller se plaindre auprès des autorités académiques voire judiciaires, non sans réitérer leur appel à un retour à l’autorité. Selon eux, la cause principale n’est rien d’autre que le manque de respect total, de sanction.
Ainsi, des enseignants se font insulter, agresser voire assassiner. Les exemples sont nombreux. En France, on peut citer, entre autres, les cas de Dominique Bernard, professeur de Lettres, assassiné le 13 octobre 2023 au lycée Gambetta d’Arras par un ancien élève radicalisé ; Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie, décapité le 16 octobre 2020 près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine par un assaillant de 18 ans radicalisé ; Agnès Lassalle, professeure d’espagnol (poignardée à mort en plein cours le 22 février 2023 par un élève de 16 ans dans un lycée privé de Saint-Jean-de-Luz) ; Vicente Andres, professeur d’espagnol, (tué par balle le 13 mars 1984 en classe par un élève de 15 ans à Castres (Tarn) ou de personnel d’encadrement comme la surveillante Mélanie G. (poignardée par un collégien de 14 ans à Nogent en juin 2025) ; André Argouges, proviseur du lycée Jean Bart de Grenoble en mai 1983. (Cf. Wikipédia ; CNews, Sud-Ouest).
Au Sénégal, ces dix dernières années ont été marquées par de nombreux actes fort répréhensibles dont le plus emblématique fut le meurtre de l’enseignant Henry Ndiaye en mars 2019 à Diourbel, poignardé à mort par un de ses élèves de Terminale, lors d’une altercation. (Cf. Dakaractu du 18 mars 2019). Si des cas de meurtre sont rares dans notre pays, ceux d’agressions (physiques ou verbales) d’enseignants sont préoccupants. Henry Bernard Coly, professeur au Cem de Boucottte (Diembéring), situé dans un village en Basse-Casamance, a été agressé par son élève. (Dakaractu du 27 janvier 2020).
Pire, parfois, ces agressions sont l’œuvre de parents d’élèves, comme ce fut le cas, le 14 novembre 2018, à Nianing (département de Mbour), où Djibril Dièye, maître d’arabe à l’école Samba Guèye, avait été agressé par Boubou Diouf, président de l’Association des parents d’élèves (Ape) de ladite école. (Cf. Le Quotidien du 3 décembre 2018).
Alors que l’ouverture des classes est imminente au Sénégal, il y a certainement à insister sur le cours sur la citoyenneté pour éviter de tels phénomènes et redonner à l’enseignant sa place.
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