Clôturées hier, 11 mars, les Two Sessions en Chine, ouvertes le 4 mars dernier, constituent l’événement institutionnel le plus important de ce pays. Ainsi, chaque année à la même période, la Chine vit les heures des deux sessions de ses organes suprêmes législatif et consultatif. L’Assemblée nationale populaire (Anp) et la Conférence consultative politique du peuple chinois (Ccppc) jouent des rôles très importants dans la gouvernance du pays.
En l’absence de congrès du Pcc, qui ne se tient que tous les cinq ans, les Two Sessions demeurent l’événement phare permettant de comprendre les orientations politiques et économiques de cette puissance globale. Aux côtés de l’organe exécutif incarné par la direction du Parti communiste chinois, l’Anp et la Ccppc complètent le système que les Chinois appellent la démocratie participative.
Maillon fondamental et coeur de cette gouvernance institutionnelle, le Parti communiste chinois est organisé en différentes strates de direction. La première est le Comité central, composé de 205 membres titulaires et de 174 suppléants, d’où sont choisis les 25 membres appelés à siéger au Bureau politique, deuxième instance de décision du Pcc. Le dernier maillon, et le plus important de cette chaîne de commandement, est le Comité permanent du Bureau politique, composé de sept personnes, avec à sa tête le secrétaire général Xi Jinping, qui est aussi le chef de l’État.
Depuis 2012, tous ces organes exécutif, législatif et consultatif jouent leur rôle dans la marche de la Chine. Mais il se trouve que c’est un seul homme qui dicte le tempo. Arrivé au pouvoir il y a quatorze ans, Xi Jinping a imprimé son rythme dans les affaires politiques et économiques en poursuivant le miracle économique et l’élan technologique dont la Chine fait preuve depuis près d’un demi-siècle.
Ayant fait sauter le verrou de la limitation des mandats, qui était de deux non renouvelables, Xi Jinping est le président chinois ayant exercé le plus longtemps le pouvoir après la création de la République populaire de Chine en 1949 par Mao Zedong. Cela lui confère une place importante dans l’histoire politique du pays.
Même s’il n’a pas égalé le fondateur de la République populaire dans l’imaginaire collectif, il est sans doute l’un des dirigeants chinois les plus puissants parmi les douze chefs d’État qui ont dirigé ce pays. Son règne a coïncidé avec l’affirmation de la Chine comme véritable puissance globale. L’actuel président chinois a fait de la présence internationale de son pays une pierre angulaire de sa stature, marquée par une forte visibilité de l’Empire du Milieu sur la scène mondiale.
Xi Jinping, c’est aussi le méga projet volontariste et expansionniste appelé Belt and Road Initiative (Bri), ou Nouvelles Routes de la Soie, dont une partie de l’Afrique constitue l’une des voies.
En attendant le prochain congrès du Parti communiste chinois prévu en octobre 2027, Xi Jinping continue de garder la mainmise sur les appareils politiques chinois. Sa reconduction pour un quatrième mandat ne serait qu’une simple formalité.
Aujourd’hui, aucun potentiel dauphin ne semble émerger et les luttes de clans se poursuivent au sein du Pcc. Comme toutes les grandes formations politiques, le Parti communiste chinois est traversé par des lignes de fracture, certes invisibles à l’extérieur, mais tenaces et vivaces dans son fonctionnement.
À la tête de ce qui est appelé le clan des « princes rouges », c’est-à-dire ceux dont les parents furent des dirigeants du Pcc, Xi Jinping doit aussi composer avec un autre camp issu de la Ligue de la jeunesse, c’est-à-dire ceux qui ont cheminé avec le parti depuis leur adolescence.
Ainsi, pour égaler celui que l’histoire a surnommé le Grand Timonier, Mao, Xi Jinping devra, pour asseoir durablement sa carrière et sa stature, composer avec toutes ces dynamiques internes et externes.
oumar.ndiaye@lesoleil


