L’Association des journalistes en santé, population et développement (Ajspd), en collaboration avec Msi Reproductive choices Sénégal, a organisé, mardi 18 août, un atelier de mise à niveau consacré au rôle des médias dans le plaidoyer pour l’accès à l’avortement médicalisé en cas de viol, d’inceste ou lorsque la santé de la mère est en danger.
La question de l’avortement médicalisé s’est invitée, hier, mardi 18 août 2026, au centre des échanges entre journalistes et spécialistes. Durant plusieurs heures, le débat a quitté le terrain des principes pour entrer dans celui des textes de loi, de la santé reproductive et des réalités auxquelles sont confrontées les femmes victimes de violences sexuelles ou exposées à une grossesse présentant un risque pour leur santé. L’atelier part d’une situation juridique particulière. Le Sénégal a ratifié, en 2004, le Protocole de Maputo relatif aux droits des femmes en Afrique.
Son article 14 prévoit notamment que les États protègent les droits reproductifs des femmes et autorisent l’avortement médicalisé dans certaines circonstances, surtout en cas d’agression sexuelle, de viol, d’inceste ou lorsque la grossesse met en danger la santé mentale ou physique de la femme ou du fœtus. Mais, cette disposition internationale cohabite avec un droit interne beaucoup plus restrictif. L’article 305 du Code pénal sanctionne l’avortement provoqué. Le Code de déontologie médicale prévoit, lui, une possibilité lorsque la vie de la mère est gravement menacée et que l’intervention constitue le seul moyen de la sauver, avec une procédure médicale spécifique impliquant trois médecins.
C’est dans cet écart entre les différents textes que Madjiguène Sarr, juriste et membre de l’Association des juristes sénégalaises (Ajs), a développé l’argumentaire juridique de la rencontre. Son intervention a permis de replacer le débat dans son cadre légal et de montrer aux journalistes les différentes normes à prendre en compte lorsqu’ils abordent l’avortement médicalisé. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir si l’avortement est interdit ou autorisé. Il faut aussi comprendre les engagements internationaux pris par le Sénégal, leur portée dans l’ordre juridique national et la question de leur articulation avec les dispositions du Code pénal.
Le Protocole de Maputo constitue, dans ce débat, un texte central puisqu’il prévoit des circonstances particulières dans lesquelles l’accès à l’avortement médicalisé doit être garanti. Pour les journalistes, cette dimension juridique impose de la précision. Une information approximative peut rapidement transformer une disposition internationale en autorisation générale de l’avortement ou, à l’inverse, faire disparaître les engagements pris par l’État sénégalais. L’atelier entend justement donner aux professionnels des médias les moyens de restituer cette complexité sans réduire le débat à une opposition entre partisans et adversaires de l’avortement.
L’argumentaire juridique a trouvé un prolongement dans l’intervention d’Adama Sanokho, sage-femme et spécialiste en santé reproductive. Avec elle, la discussion s’est déplacée vers les conséquences sanitaires des interruptions de grossesse pratiquées dans des conditions non médicalisées. Elles peuvent aussi conduire certaines femmes vers des pratiques clandestines, avec des risques importants pour leur santé. Les complications peuvent prendre différentes formes et nécessiter une prise en charge médicale. Elles sont particulièrement préoccupantes lorsque l’interruption de grossesse est réalisée dans des conditions ne garantissant pas la sécurité de la patiente.
L’approche sanitaire défendue par Mme Sanokho replace ainsi la question dans le champ de la santé reproductive et de la prévention des décès et complications maternels. Cette dimension permet également d’interroger les inégalités face à l’accès aux soins. Les femmes disposant de moins de ressources sont davantage exposées aux conséquences des pratiques non médicalisées et peuvent rencontrer plus de difficultés pour accéder rapidement à une prise en charge. La question de l’avortement rejoint alors celle de l’équité dans l’accès aux services de santé.
Amadou KÉBÉ

