Le basketball sénégalais a toujours été plus qu’un sport. Il a été une école de discipline, une fierté nationale, une vitrine sur le continent et au-delà. Des générations de joueuses et de joueurs, d’entraîneurs et de dirigeants ont bâti, souvent dans l’anonymat et le sacrifice, l’histoire glorieuse dont nous parlons encore aujourd’hui : les épopées des Lionnes, les pionniers qui ont ouvert la voie sur la scène continentale et internationale, les bâtisseurs de clubs et de vocations. C’est cet héritage qui rend d’autant plus alarmant ce que traverse aujourd’hui notre discipline.
1. Guadalajara : le symptôme d’un mal plus profond
L’épisode récent vécu par nos Lionnes au tournoi de pré-qualification olympique de Guadalajara, au Mexique, est une parfaite illustration d’une dérive qui risque de ternir encore davantage l’image de la FSBB. Après l’élimination de l’équipe, plusieurs joueuses internationales se sont retrouvées bloquées sur place, dans des conditions qu’elles ont elles-mêmes qualifiées d’inacceptables : prise en charge défaillante, difficultés pour rentrer au pays, sommes dérisoires envoyées pour subvenir à des besoins élémentaires. Une joueuse a raconté publiquement avoir dû payer de sa poche pour nourrir ses coéquipières. D’autres ont dénoncé l’absence du strict nécessaire pour des athlètes en compétition internationale. La vraie question est celle -ci : Qu’est-ce que la FSBB a fait pour mettre les joueuses dans de bonnes conditions de performance ? De nombreux mois avant la compétition, la FSBB savait que Mexico allait accueillir le tournoi. Quelles dispositions ont été prises pour faciliter l’obtention des visas et l’acclimatation à l’altitude de plus de 1560 m ? Quand est-ce que l’équipe est arrivée au Mexique ? La communication de la FSBB a sciemment occulté ces points pour pointer du doigt des soi-disant manquements à la discipline fédérale !!! Dans un passé lointain certes, l’équipe nationale féminine de basket du Sénégal a participé au Championnat du Monde à Cali, en Colombie, plus de 1000 m d’altitude. Les dirigeants de l’époque, clairvoyants, avaient envoyé toute l’équipe et l’encadrement, des semaines avant la compétition pour faciliter l’adaptation aux conditions spéciales du tournoi.
2. Une opacité qui n’a que trop duré
Depuis plusieurs années, la gestion de la Fédération sénégalaise de basketball (FSBB) soulève des questions que trop peu de voix osent poser publiquement. Sur quelle base sont prises les décisions sportives et financières ? Quels sont les objectifs réels de la Fédération, au-delà des communiqués de circonstance ? Le basket sénégalais souffre d’un manque criant de vision claire et partagée, sur la formation des jeunes, sur les infrastructures, sur la place du basket sénégalais dans la compétition continentale et mondiale. Sans cap défini, sans reddition de comptes, une fédération sportive ne gère plus: elle improvise, au détriment de ceux qui portent le maillot.
3. La peur ne construit pas une fédération
C’est peut-être là le point le plus préoccupant de cette crise : la transformation progressive de la critique légitime en faute punissable. Un technicien reconnu, formé aux États-Unis et engagé depuis des années dans la formation des jeunes au Sénégal, a récemment témoigné du manque de considération dont il a été l’objet malgré son expérience. D’anciens dirigeants, des entraîneurs, des joueuses et joueurs qui ont donné des années de leur vie au basket sénégalais expriment aujourd’hui, avec des mots différents, le même sentiment : celui de ne plus être écoutés, et celui de risquer des représailles s’ils élèvent la voix. Une fédération sportive n’est pas la propriété de ses dirigeants du moment. Elle est un bien commun, construit par des décennies d’efforts collectifs. Ceux qui ont écrit l’histoire du basket sénégalais et africain, joueurs, entraîneurs, arbitres, dirigeants d’une autre génération, méritent d’être associés à la réflexion sur l’avenir de cette discipline, pas relégués au silence ou traités comme des adversaires simplement parce qu’ils s’expriment.
4. Ce que le basket sénégalais mérite
Le Sénégal a donné au basketball africain certains de ses plus grands noms et certaines de ses plus belles pages. Ce patrimoine impose des responsabilités : la transparence dans la gestion des ressources et des décisions, des objectifs sportifs et institutionnels clairement énoncés et évalués publiquement, une protection réelle des athlètes, sur le terrain comme en déplacement, et un espace où la critique constructive soit reçue comme une contribution, non comme une trahison. Rien de tout cela n’est une remise en cause du sport lui-même ni du travail de tous ceux qui, au sein de la Fédération, oeuvrent honnêtement au quotidien.
C’est un appel à la responsabilité, adressé à ceux qui dirigent aujourd’hui le basketball sénégalais : le silence imposé par la peur n’a jamais fait grandir une institution. Seule la transparence, assumée et exigée, permettra au basket sénégalais de renouer avec l’ambition qui a toujours été la sienne.
Joe LOPEZ
Diplomate retraité, Champion d’Afrique, Médaillé d’or aux Jeux Africains
PDG d’entreprise, Président d’International Players Services – West Africa, Membre de Conseil d’Administration.


