À l’issue des élections législatives de 2026, l’Assemblée nationale de São Tomé-et-Príncipe comptera 19 femmes parmi ses 55 membres, contre huit dans la législature précédente. La proportion de sièges occupés par des femmes passe ainsi de 14,5 % à 34,5 %. Derrière ces chiffres se trouve une avancée majeure pour la représentation politique et pour la démocratie santoméenne. Une avancée qu’il faut saluer, mais surtout consolider.
Ce résultat n’est ni un hasard ni l’œuvre d’un acteur isolé. Il traduit d’abord une décision souveraine du pays : l’adoption, en 2022, d’une loi sur la parité qui prévoit une représentation minimale de 40 % de chaque sexe sur les listes de candidatures et fixe des règles de positionnement. Les élections de 2026 ont constitué la première mise à l’épreuve de ce nouveau cadre lors d’un scrutin législatif. Elles montrent qu’une réforme juridique peut produire des changements concrets lorsqu’elle s’accompagne d’une volonté politique, d’un suivi rigoureux et d’une mobilisation collective.
Les institutions nationales ont joué un rôle déterminant dans cette évolution. La « Comissão de Seguimento da Lei da Paridade » a notamment examiné les listes de candidatures et encouragé les ajustements nécessaires avant leur validation. Les autorités électorales et juridictionnelles, les partis politiques, les organisations de la société civile et les femmes engagées dans la vie publique ont, chacun dans leur rôle, contribué à faire vivre la loi. L’expérience rappelle également qu’une première application, même porteuse de progrès, doit être évaluée avec lucidité : des difficultés de conformité et de mise en œuvre demeurent et constituent autant d’enseignements pour les prochaines échéances.
Les femmes elles-mêmes ont été au cœur de cette dynamique. Au cours du processus électoral, 72 femmes issues de sept partis politiques et de cinq districts ont bénéficié de formations portant notamment sur la communication politique, la négociation et la prévention des violences à l’égard des femmes en politique. Un réseau de plus de 105 personnes, rassemblant des parlementaires, des acteurs des partis et des journalistes, a porté le plaidoyer public en faveur de la parité. Des échanges avec des parlementaires du Cap Vert ont également ouvert des perspectives de partage d’expérience et de mentorat.
Ces résultats sont avant tout ceux de São Tomé-et-Príncipe.
Ils illustrent aussi ce que peut apporter une coopération internationale fondée sur les priorités nationales, l’écoute et la complémentarité des compétences. Avec le soutien financier du Gouvernement du Japon et de ressources internes, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a accompagné les institutions et les parties prenantes nationales au cours du cycle électoral de 2026, notamment dans l’application du nouveau cadre juridique, le dialogue, la sensibilisation et le renforcement des capacités.
Pour le Japon, cet engagement s’inscrit dans les principes défendus depuis 1993 dans le cadre de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l’Afrique (TICAD) : l’appropriation africaine du développement durable, de la paix et de la stabilité, fondée sur la bonne gouvernance, la démocratie et l’état de droit. Cet engagement japonais, en faveur de la confiance et de l’inclusion, prend une résonance particulière en cette année du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et São Tomé-et-Príncipe.
Pour le PNUD, il confirme la valeur d’un accompagnement de long terme des institutions et de la gouvernance inclusive. La mobilisation du Coordonnateur résident des Nations Unies, d’ONU Femmes et d’autres partenaires du système des Nations Unies a renforcé la complémentarité de cette action, dans le respect du leadership national.
Une nouvelle étape commence désormais.
Sur les 19 élues, 16 n’avaient pas encore exercé de mandat électif. Comme tout parlementaire entrant en fonction pour la première fois, elles auront à s’approprier les procédures de l’Assemblée, le travail en commission, l’examen des textes, le contrôle de l’action publique et le débat budgétaire. Elles devront pouvoir le faire dans un environnement propice à une participation pleine et entière, à l’abri des intimidations et des violences, y compris dans l’espace numérique.
Passer des sièges à l’influence ne signifie donc pas seulement accroître la visibilité des élues. Cela signifie créer les conditions pour qu’elles puissent exercer effectivement leur mandat, contribuer aux priorités nationales et prendre part aux responsabilités parlementaires, dans le respect des règles de l’institution et des prérogatives de ses membres. Les institutions parlementaires et les acteurs politiques ont, chacun à leur niveau, un rôle à jouer pour favoriser des pratiques inclusives, un dialogue de qualité et une participation équitable des femmes et des hommes aux décisions.
Cette ambition peut également s’appuyer sur la solidarité et le dialogue entre parlementaires, au-delà des sensibilités politiques. Le Réseau des femmes parlementaires peut constituer un espace utile de partage d’expérience, de formation et d’échanges sur les questions d’intérêt général. L’accompagnement des nouvelles élues gagnera à associer expertise parlementaire, mentorat, communication publique et mécanismes de prévention des violences politiques. Il doit rester non partisan et respecter pleinement l’indépendance de l’Assemblée nationale.
L’enjeu dépasse cette seule législature. Il est aussi de préserver les acquis de la loi, de tirer les enseignements de son application, de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques et d’ouvrir des perspectives à la prochaine génération de femmes leaders. Dans ce processus, les organisations de femmes, les jeunes, les médias et la société civile ont un rôle essentiel à jouer. La participation politique doit devenir une possibilité réelle, dans toutes les régions du pays, et non une exception réservée à quelques parcours.
Le Japon et le PNUD restent attachés à cette ambition commune. En dialogue avec les autorités nationales et les partenaires concernés, le PNUD examine les modalités d’un accompagnement au Parlement de manière générale et des femmes parlementaires plus particulièrement pour consolider les compétences, la participation et le leadership. Le Japon continuera de valoriser les enseignements de cette coopération et de poursuivre le dialogue avec ses partenaires sur les moyens de soutenir des institutions démocratiques inclusives. Les prochaines étapes devront être définies avec les acteurs nationaux, en fonction de leurs priorités et des ressources mobilisables.
Les élections de 2026 ont ouvert un chapitre nouveau.
Le défi est maintenant collectif : veiller à ce que la représentation accrue des femmes se traduise par une participation effective aux décisions, des institutions plus ouvertes et des possibilités élargies pour les générations futures. La portée de cette avancée ne se mesurera pas seulement au nombre de sièges conquis, mais à la capacité de toutes les élues et de tous les élus à servir ensemble l’intérêt général. C’est ainsi que les progrès d’aujourd’hui pourront devenir les acquis durables de demain.
Yoshio Ando est Ambassadeur du Japon près São Tomé-et-Príncipe.
Luc Gnonlonfoun est Représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) à São Tomé-et-Príncipe.


