« Itinéraire et mémoires d’un pédagogue engagé. Cette œuvre est attachante et mérite d’être lue dans sa double dimension : le récit autobiographique dont l’auteur est l’acteur principal, et les mémoires dont il est le témoin direct ou indirect. »
— Préface de Mamadou Ndoye
L’École : mon choix, ma passion !, ouvrage d’environ 246 pages enrichi de photos, a été édité en 2026 par L’Harmattan-Sénégal. L’auteur, Amadou Moustapha Sène — « Pape Sène » pour ses proches — y partage le fruit d’une vie entièrement consacrée à l’enseignement, à la formation et à l’éducation de la jeunesse sénégalaise. La présentation-dédicace du 21 mai 2026, à la Salle Amady Aly Dieng, a réuni un public nombreux, séduit par la double composante de l’ouvrage que résume son préfacier, l’ancien ministre Mamadou Ndoye : itinéraire — mémoires — pédagogue engagé.
I. Qui est Amadou Moustapha Sène, l’auteur ?
Long regard critique sur sa propre vie, ce livre révèle d’abord un homme profondément attaché à ses racines paternelle et maternelle. La figure du père, Adama Sène Sathioro (1913-1971), s’impose dès les premières pages : « À mon père, mon maître, ma référence absolue, pour le style de vie qu’il m’a transmis. » La mère, plus discrète, n’en est pas moins présente : « À ma mère, pour son soutien et ses prières. »
Nourri dans son enfance par les leçons de vie de son arrière-grand-père maternel, ancien chef de canton, Amadou Moustapha en sortira forci, prêt à affronter les épreuves de la vie — comme époux, père et grand-père. Les lieux traversés — Adéane, Ziguinchor, Diourbel, Mbacké, Kaolack, Fatick, puis Dakar — et les grandes figures politiques et religieuses du Sénégal ont nourri sa formation et son engagement. L’ouvrage fourmille ainsi de personnalités bienveillantes, envers qui l’auteur exprime une constante gratitude.
« Il restera de toi ce que tu as semé. » — Simone Weil
II. Un pédagogue engagé, au service de qui, pour quelles causes ?
La vie de l’instituteur qu’a été Amadou Moustapha Sène met en valeur deux vertus majeures : l’engagement et la ferveur, moteurs de sa vocation embrassée en 1971. En Casamance, son premier poste, l’esprit d’ouverture et de tolérance lui permet de surmonter les tensions du terrain — épisode résumé sous le titre « La Cabale ». Vient ensuite son premier diplôme professionnel, le Certificat élémentaire d’aptitude pédagogique, dédié à son père.
« De la craie au commandement »
Une longue évocation du père, commandant de cercle de Mbacké, illustre une éthique intransigeante : refus des louanges des griots, suppression du salut protocolaire matinal pour que le fils n’en tire pas une gloire indue. « Ne t’intéresse pas aux honneurs qui ne t’appartiennent pas ; apprends à ne jubiler que pour tes propres mérites. »
Les témoignages d’anciens élèves devenus des sommités — le Dr Seydou Bocoum, économiste et enseignant-chercheur à l’UCAD, ou Hamedine Sy, économiste et ancien conseiller à la Primature — disent la même reconnaissance envers un maître qui multipliait cours de renforcement et soutien, sans contrepartie. Plusieurs cas d’élèves en difficulté (Seydou Bocoum, Ousmane, Jeanne) illustrent cette capacité à « sauver » des apprentis en détresse, dans l’esprit du précepte paternel : « Pas de rose sans épines. »
Amadou Moustapha franchira ensuite l’épreuve redoutée du CAP face à l’inspecteur Frédéric Badiane, dit « Le Cerbère », avant de bâtir, par une autoformation exigeante et une riche bibliothèque personnelle héritée de son père, les bases de sa réussite. Sa conviction : l’amour du métier est la condition sine qua non de la réussite. Le concours de l’inspectorat (CREIA), réussi en mai 1980, couronnera cette trajectoire.
III. Quelles leçons en tirer pour l’école sénégalaise ?
Au-delà des épisodes savoureux, l’auteur livre de véritables Mémoires — « la relation écrite des événements vécus ou dont on a été témoin » — ou encore « un écrit où sont exposés les faits et les idées qu’on veut porter à la connaissance de 1
MON COMMENTAIRE DE L’OUVRAGE
quelqu’un ». Cette dimension fait passer le récit de la sphère privée à la sphère publique ; l’intention est claire dès le titre : L’École, mon choix, ma passion !.
Les voyages — France, Suisse, Allemagne, États-Unis, Saint-Paul-de-Vence sur les pas de Freinet, ou encore la découverte de la neuvième Symphonie de Beethoven — et les rencontres marquantes ont enrichi son parcours : Sophie Niang, normalienne expérimentée ; Aminata Drame, dont l’encadrement affina sa pédagogie jusqu’au CAP de 1975 ; Mbaye Gaye, « le maître de Banjul », dont les conseils dépassèrent toutes ses espérances. Le rapport aux supérieurs hiérarchiques — inspecteurs intransigeants, collègues et syndicalistes vindicatifs — fut aussi un écueil formateur de ce parcours d’« instituteur bouche-trou » devenu inspecteur puis écrivain.
Tout au long de sa carrière, Amadou Moustapha Sène se réclame de la pensée d’Alain (Émile Chartier), pédagogue et essayiste, dont il retient la formule : « Quand je passe devant une classe, si les élèves parlent et le maître se tait, c’est que tout va bien. » Cette conviction — l’apprenant artisan de son propre savoir, guidé par un maître éclairé — a servi de viatique à toute sa carrière, d’instituteur puis d’inspecteur.
Une leçon traverse tout l’ouvrage, formulée par le préfacier lui-même : tout enfant est éducable, comme tout enseignant ou directeur est perfectible, pourvu qu’il trouve la motivation et les conditions adaptées à sa réussite.
En guise de conclusion, formulons nos vœux pour une exceptionnelle réception de L’École : mon choix, ma passion !. Nous avions par le passé croisé Amadou Moustapha Sène sans entretenir de relations professionnelles aussi étroites que celles nouées à l’occasion de ce projet d’édition — rencontre placée, par la « baguette magique » de Brigitte Gnamy Ba, Proviseur du Lycée Galandou Diouf, sous le signe d’une durable estime. En amoureuse des belles-lettres et enseignante exigeante sur la qualité de la langue, nous avons trouvé en l’Inspecteur Amadou Moustapha Sène une oreille attentive et une main complice, fidèle au précepte de Boileau : « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage ! »
Pr Andrée-Marie Diagne-Bonané
ZURICH, août 2026
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