Du 31 octobre au 13 novembre 2026, le Sénégal accueillera les Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) d’été 2026. Cet événement majeur, inédit sur le sol africain, verra la participation de près de 2 700 jeunes athlètes venus de tous les continents. L’accueil des délégations, les compétitions et les différentes festivités se dérouleront principalement dans les sites de Dakar, Diamniadio et Saly.
La préparation de ce rendez-vous sportif d’envergure mondiale a mobilisé d’importantes ressources humaines, économiques et infrastructurelles. Le Comité d’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse (COJOJ), en collaboration avec le Comité International Olympique (CIO), l’État du Sénégal et les collectivités territoriales concernées, œuvre depuis plusieurs mois à la réussite de cet événement qui, au-delà de sa dimension sportive, comporte des enjeux politiques, économiques, touristiques et culturels majeurs.
Toutefois, derrière les infrastructures, les performances sportives et les retombées économiques attendues, se trouve un enjeu social qui mérite une attention particulière : la protection de l’enfant. En effet, les principaux acteurs des compétitions seront des jeunes dont une grande partie est âgée de moins de 18 ans. Or, selon l’article premier de la Convention internationale relative aux droits de l’enfant (CDE) de 1989, « est considéré enfant tout être humain âgé de moins de 18 ans, sauf si la majorité est atteinte plus tôt en vertu de la législation qui lui est applicable ». Dès lors, les jeunes athlètes mineurs participant aux JOJ doivent être considérés non seulement comme des sportifs, mais avant tout comme des sujets de droits auxquels une protection particulière est due. Les jeunes athlètes, temporairement éloignés de leur environnement familial, peuvent se retrouver dans une situation de vulnérabilité particulière. L’encadrement sportif constitue certes un dispositif indispensable, mais il ne saurait, à lui seul, garantir la protection de l’enfant. Dans certaines circonstances, les lieux ou dispositifs destinés à encadrer et à protéger peuvent même devenir des espaces de risque.
C’est précisément ce que l’Inspecteur de l’éducation surveillée et de la protection sociale, Chérif THIOUB, a tenté de mettre en évidence dans son article intitulé « Quand les lieux de protection deviennent des espaces de risque pour les enfants », en s’inspirant notamment d’une affaire présumée de violences sexuelles impliquant des mineurs pensionnaires d’une école de football et leur encadreur sportif. Cette réflexion rappelle une évidence souvent occultée : la présence d’un dispositif d’encadrement ne signifie pas automatiquement que l’enfant est protégé. La protection suppose des mécanismes spécifiques de prévention, de détection, de signalement, de prise en charge et de suivi.
Mais l’enjeu de la protection de l’enfance dans le cadre des JOJ ne saurait se limiter aux seuls athlètes. Il concerne également les enfants du pays hôte susceptibles d’être exposés aux externalités négatives liées à l’affluence exceptionnelle de visiteurs et au développement du tourisme sportif.
L’analyse des enjeux de protection peut ainsi être menée à travers les trois piliers de la Stratégie nationale de protection de l’enfant : la prévention, la prise en charge et la promotion des droits de l’enfant.
La Prévention contre les VANE (Violences, Abus, Négligences et Exploitations)
Prévenir consiste à agir en amont afin d’éviter la survenue d’une situation de danger ou, lorsqu’elle ne peut être totalement évitée, d’en réduire la probabilité et les conséquences. Pour les jeunes athlètes, cela suppose notamment de former et de sensibiliser les entraîneurs, encadreurs, accompagnateurs, bénévoles, personnels médicaux et autres adultes intervenant auprès des délégations. La prévention passe également par la création d’un climat de confiance permettant aux enfants de parler et de signaler une situation qui les met en danger. Ce travail requiert une mobilisation importante de ressources humaines qui pourraient constituer des équipes mobiles de prévention, dans chaque site, composées essentiellement de forces de défense et de sécurité, de professionnels de la santé ainsi que des éducateurs spécialisés. La prévention doit être étendue à d’autres enfants majoritairement sénégalais dont la vulnérabilité, qui semble déjà déterminée, risque d’être accentuée par les externalités négatives du tourisme sportif. En effet, le tourisme sportif constitue l’une des retombées économiques attendues des JO, mais il peut également produire des effets pervers sur le plan social, notamment en accentuant certains risques d’exploitation des enfants. En prélude de la coupe du monde 2026, l’UNICEF Mexique considérait d’ailleurs que la protection de l’enfant devait être intégrée à la planification des grands évènements sportifs, avec des mécanismes de prévention, détection, orientation et réponse. Il s’agit donc de prévenir, pour ces enfants sénégalais, les situations pouvant accroître les risques d’exploitation économique notamment des enfants talibés et ainsi que celle des adolescentes déjà en situation d’exploitation sexuelle. Des actions préventives devront être menées, que sont principalement : la cartographie des zones à risques, le renforcement du système d’alerte et de signalement, la détection de réseaux d’exploitation, la sensibilisation des hôtels, des restaurants, des transporteurs et autres acteurs touristiques etc.
La prévention doit donc être pensée comme un système de vigilance collective plutôt que comme une intervention ponctuelle.
La Prise en charge des enfants victimes et des enfants en danger
Même lorsqu’un dispositif préventif est suffisamment élaboré, aucune société ne peut totalement exclure la survenue de situations de violence, d’abus, de négligence ou d’exploitation. La prévention et la prise en charge ne doivent donc pas être envisagées comme deux mécanismes concurrents, mais comme deux piliers complémentaires du système de protection. La prise en charge doit permettre d’apporter une réponse rapide, adaptée et individualisée à chaque situation portée à la connaissance des services compétents.
Cependant, la prise en charge d’urgence des enfants athlètes étrangers pourrait se heurter à une contrainte de temps au regard de la durée limitée de la compétition (moins de 20 jours). Tout compte fait, prendre en charge consistera à poser des actions concrètes afin d’assurer à tout enfant la sauvegarde de sa sécurité, de sa santé et de son bien-être moral et affectif. C’est un pilier qui requiert la mobilisation des services de protection de l’enfant comme l’AEMO et les professionnels de la santé. Le placement en centre étant une mesure peu envisageable, le travail en milieu ouvert devra être de mise.
Par ailleurs, en ce qui concerne les enfants sénégalais (compétiteurs et autres catégories), en intégrant définitivement le système de protection de l’enfant, ils pourront bénéficier de l’accompagnement et de l’assistance continus des services appropriés
La Promotion des droits de l’enfant
En accueillant les JOJ 2026, Dakar ne sera pas uniquement la capitale olympique de la jeunesse. Elle devra aussi être une vitrine de la promotion des droits de l’enfant. Les Jeux offrent en effet une occasion exceptionnelle de rappeler que l’enfant n’est pas seulement un objet d’éducation, de protection ou de prise en charge : il est avant tout un sujet de droit. Cette promotion peut notamment s’articuler autour de certains droits fondamentaux.
i) le droit aux loisirs et au jeu consacré par l’art 31 de la CDE ;
ii) La non-discrimination, reprenant l’essence de l’art 2 de la Convention, est un des 4 principes généraux sur lesquels reposent les droits de l’enfant. Les JOJ doivent prendre en compte toutes les catégories d’enfants sans distinction de race ou de genre, tout en favorisant davantage l’inclusion des enfants vivants avec un handicap pour qui les disciplines sportives ne manquent pas ;
iii) Le droit à la vie, à la survie et au développement repris dans l’art 6 de la CDE, est également un principal général des droits de l’enfant. En effet, la pratique du sport et des activités de loisirs contribuent à l’évolution normale et harmonieuse de tout enfant sur les plans physique, cognitif et psychoaffectif.
Les Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026 se préparent en grande pompe dans l’axe Dakar-Diamniadio-Saly, qui accueillera les athlètes ainsi que les compétitions prévues. Cet évènement constitue indéniablement l’une des plus grandes fêtes sportives jamais organisées au Sénégal et sur le continent africain. Les enjeux politiques, économiques, touristiques et culturels qu’il comporte sont considérables et méritent d’être pleinement capitalisés. Mais la réussite de Dakar 2026 ne devrait pas être mesurée uniquement à l’aune de la qualité des infrastructures, de l’organisation des compétitions, du nombre de visiteurs accueillis ou des performances sportives. Elle devra également être appréciée à l’aune de la capacité du Sénégal à garantir la sécurité, la dignité et les droits des enfants qui participeront aux Jeux ou qui pourraient être exposés à leurs effets induits.
Ma Serigne DIEYE, élève éducateur spécialisé


