Par un collectif d’architectes et d’intellectuels engagés pour la souveraineté culturelle du continent.
L’Afrique bâtit à un rythme frénétique, mais elle est en train d’effacer son âme. Partout sur le continent, nos capitales succombent à une standardisation aveugle. Sous la pression des Partenariats Public-Privé (PPP) et de la seule puissance de la levée de fonds, le projet urbain n’est plus un acte de civilisation : il est devenu un pur produit d’importation financière. Face à cet envahissement de verre et de béton hors-sol, un cri de ralliement s’élève pour sonner la charge de la résistance : le mouvement Bàkku.
Le mot n’est pas choisi au hasard. Emprunté à la tradition wolof, le Bàkku est ce chant de fierté, ce défi lancé à l’adversaire par le lutteur avant le combat. Appliqué à l’espace bâti, il devient une doctrine de combat esthétique et politique. Porté par des figures majeures de la profession et adoubé par l’Union des architectes d’Afrique, le Bàkku n’est pas une simple posture nostalgique. C’est le bouclier institutionnel et doctrinal qui manquait à une profession classée parmi les métiers en péril.
Briser la dictature du copier-coller
La crise actuelle de l’architecture africaine est d’abord une crise de leadership. Trop souvent, nos ordres professionnels sont restés muets, subissant les paires de gifles d’un marché mondialisé qui impose des modèles conçus sous d’autres latitudes. Le Bàkku oppose un refus catégorique à cette colonisation architecturale.
Il rappelle une vérité fondamentale : l’architecture doit faire sens culturellement, artistiquement et contextuellement. Bâtir en Afrique en 2026, ce n’est pas singer Dubaï ou Shanghai. C’est concevoir une modernité endogène, qui puise sa force dans la terre, la pierre locale, les matériaux biosourcés et le génie bioclimatique africain.
Réintégrer l’art et sanctuariser la mémoire
Là où la finance a chassé la poésie, le mouvement Bàkku réintroduit de force les plasticiens, les sculpteurs et les artisans au cœur même du processus de construction. Un bâtiment public ne doit pas seulement être rentable, il doit raconter une histoire, abriter une communauté et refléter son identité visuelle.
Au-delà de la création, le Bàkku se dresse contre les pelleteuses de la spéculation immobilière qui rasent notre patrimoine historique classique. Protéger nos monuments, c’est préserver les repères mémoriels dont la jeune génération a cruellement besoin pour concevoir l’avenir avec dignité.
Du manifeste artistique à l’obligation politique
Le constat est posé, la doctrine est claire. Mais pour que le Bàkku devienne la solution ultime, il doit urgemment quitter les cercles d’exposition pour s’imposer dans l’arène législative. Nous appelons à un sursaut radical des dirigeants de nos Ordres :
Le Bàkku doit devenir un filtre réglementaire : Aucun grand projet d’État ou PPP ne devrait être validé s’il ne respecte pas une charte de contenu local, d’intégration artistique et d’adaptation bioclimatique.
Le Bàkku doit entrer dans les écoles : Nos futurs architectes doivent être formés à la maîtrise des matériaux locaux et à la fierté de leur patrimoine, et non à la reproduction de catalogues occidentaux.
L’architecture africaine ne peut plus se contenter de panser ses plaies en silence. Le mouvement Bàkku est l’arme de notre souveraineté spatiale. Il est temps que les gouvernements et les institutions l’adoptent comme l’unique boussole d’une Afrique qui se bâtit par elle-même, pour elle-même. Le combat est engagé.
Malick MBOW, architecte, président du Mouvement Bakku


