En Casamance, particulièrement dans le nord du Sindian, les armes se sont tues. Dans certains villages comme Kourégue, les maisons émergent, à petits pas côtoyant un milieu naturel idyllique. Ce décor contraste avec les sanctuaires rebelles démobilisés et le triste récit du passé.
Dernier village sénégalais situé à la lisière de la frontière avec la Gambie, Kourègue retrouve de plus en plus le sourire. Doté d’un paysage merveilleux, la vie a repris son souffle. Les maisons en terre émergent petit à petit. Dans les prairies autrefois abandonnées, le cheptel est dispersé en toute liberté. Sous la fine pluie qui arrose le paysage couvert d’un ciel grisâtre, en cette matinée de mercredi, quelques bovins profitent encore d’une bonne quantité de mangues jonchées sur le sol.
Village de la commune de Djibidione, Kourégue fait partie des nombreuses localités qui ont disparu de la carte à cause du conflit en Casamance.
« En 1997, raconte notre accompagnant, Idrissa Coly dit Mouna, les populations avaient fui les violents affrontements entre les maquisards du Mfdc et les forces de défense et de sécurité sénégalaises. Profitant de l’apaisement, elles reviennent au bercail. Malheureusement, en 2006, elles partent à nouveau se réfugier en terre gambienne, fuyant cette fois-ci le règlement de compte qui opposait les factions du Mfdc entre elles. »
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C’est en 2014 qu’elles retrouvent l’espoir et rentrent dans le village. Par ailleurs, un dernier mouvement de réfugiés va s’opérer en 2021 à cause des opérations de sécurisation lancées par l’armée. Elle était d’une courte durée.
Kourègue abritait aussi un cantonnement du Mfdc. À l’entrée du village, à la dernière ruelle qui conduit au cœur des habitats, les traces sont encore visibles : un puits et un bunker abandonnés sous un vaste champ de manguier impressionnent tout visiteur.
Aujourd’hui, il y a encore des habitants de Kourégue qui manquent à l’appel. « Ils sont dispersés en Gambie », selon Idrissa Badji, le chef du village. À Kourégue, où une atmosphère maussade pèse encore sur un ciel pluvieux de ce mercredi 15 juillet, redonner un sens à la vie communautaire pour panser les plaies d’un conflit quarantenaire préoccupe les jeunes du village.
Assis autour du thé, ils discutent de l’aménagement du nouveau terrain vague en cours de déboisement pour accueillir de futurs adversaires. En nombre insuffisant pour former une équipe compétitive, ils comptent faire appel aux voisins gambiens de Bulock afin de faire participer aux compétitions de football local cette activité fédératrice, vectrice de cette paix en phase de consolidation dans le Djibidione et dans la vallée des palmiers.
Gaustin Diatta & Jonas Souloubany BASSENE


