Dans la tradition mancagne, on peut connaître les raisons de la mort de quelqu’un sans passer par la médecine légale. Après l’enterrement, l’esprit du défunt est interrogé pour déterminer les circonstances de sa mort. Cet exercice lui permet aussi de désigner la personne à qui il veut confier sa famille.
TILÈNE – Des us et coutumes subsistent encore chez les Mancagnes, malgré la forte adhésion de cette communauté à la religion chrétienne. Parmi ces pratiques ancestrales, il y a le « Kadjine » ou interrogatoire du défunt.
« Du temps de nos ancêtres, c’est le corps qui était utilisé pour interroger le défunt. Mais, maintenant, le rituel a changé. Il est fait après l’enterrement », signale Dominique Campal, président de l’Association pour la valorisation de la culture mancagne, dénommée « Pkumel ».
Aujourd’hui, poursuit-il, les éléments essentiels pour ce rite funéraire sont les habits avec lesquels la personne est décédée et le Guiera senegalensis appelé en wolof Nguer.
« Avec les feuilles de cette plante, on forme une petite statuette ayant la forme d’une personne. Puis on l’enveloppe avec les habits du défunt », renseigne M. Campal.
Cette représentation du défunt, mentionne-t-il, est couverte avec une natte et un pagne tissé sur un brancard à base de tiges de bambou.
« C’est 16 tiges dont huit de deux mètres de long, et les huit autres d’un mètre de large. Ces éléments sont attachés par quatre personnes qui se mettent du même côté. Ils commencent au même moment et finissent en même temps », précise le président de l’association Pkumel.
Une fois que cette étape est terminée, souligne le notable mancagne, un membre de la famille verse l’eau avec laquelle on a lavé le corps et un litre de « cana » (rhum fait à base de canne à sucre) pour invoquer l’esprit du défunt.
Ensuite, explique M. Campal, l’interrogatoire commence avec l’esprit représenté sur le brancard et porté par quatre personnes.
Mais, précise notre source, les brancardiers de circonstance n’ont aucun contrôle sur la direction que prend le brancard.
« En effet, c’est l’esprit du défunt qui commande tout et les porteurs du brancard ne font que suivre », déclare-t-il.
Ce rituel, que l’on peut assimiler à une autopsie traditionnelle, a deux objectifs principaux.
« Premièrement, c’est pour que le défunt nous dise ce qui est à l’origine de sa mort. Si les causes du décès sont naturelles, si c’est la maladie qui l’a emporté, s’il a commis un acte interdit qui a causé sa mort, s’il est victime de forces occultes, etc. »
À chacune de ces questions posées, explique Dominique Campal, l’esprit fait un mouvement pour répondre par l’affirmative ou la négative.
« Quand le brancard avance vers la personne qui pose la question, cela veut dire que le défunt confirme. Quand il recule, cela veut dire qu’il infirme », renseigne-t-il.
L’autre objectif, renchérit le président de l’association Pkumel, consiste à désigner celui à qui le défunt va confier sa famille.
Dans ce cas, poursuit M. Campal, il lui est demandé de choisir dans la foule.
Et souvent, conclut-il, c’est une ou deux personnes étant de la même lignée familiale.
Par Kathafa B.H.M. KANFOUDY

