Inscrite sur la prestigieuse liste des monuments préservés, la pagode centenaire du centre-ville demeure l’un des symboles les plus fascinants de la capitale sénégalaise. Entre légendes populaires, mémoire ouvrière et réalités de l’archive coloniale, retour sur la genèse et les secrets d’un édifice incontournable de la presqu’île.
Le marché Kermel possède une identité historique fascinante dont les racines plongent dans le développement de l’urbanisme colonial de la presqu’île du Cap-Vert au début du XXe siècle.
Les travaux de cet édifice ont débuté officiellement au cours de l’année 1908. Conçu pour rationaliser le commerce de détail dans le quartier européen du Plateau, le chantier s’est étalé sur deux années particulièrement denses. C’est finalement en 1910 que l’édifice a ouvert ses portes de fer aux premiers commerçants et aux clients de la capitale.
Si la date de sa construction est consignée avec précision dans les registres cadastraux, l’origine du nom « Kermel » demeure entourée d’un halo de mystère et de controverses linguistiques.
Toutefois, certaines historiettes locales racontent que le mot « Kermel » proviendrait d’une altération phonétique et d’une déformation populaire du patronyme d’un éphémère gouverneur colonial français, Eustache-Louis-Jean Quernel. Ce dernier fut en poste au Sénégal entre 1833 et 1834. Passé de la prononciation officielle, « Quernel » s’est métamorphosé au fil des décennies pour devenir définitivement « Kermel ».
Une explication rejetée en bloc par un commerçant du marché.
« Je travaille dans ce marché depuis très longtemps, juste après les indépendances. Personne ne peut dire l’origine exacte du nom de ce marché », affirme-t-il sous le couvert de l’anonymat.
L’incendie de 1993:La tragédie qui a failli effacer Kermel de la carte
C’est sans doute l’épisode le plus douloureux de l’histoire du marché Kermel. Plus de trente ans après les faits, les murs ne portent plus les traces du sinistre, mais le souvenir demeure profondément ancré dans la mémoire des commerçants.

Dans la nuit du 23 septembre 1993, un violent incendie réduisit en cendres ce joyau architectural centenaire. Selon Balla Sall, président du comité de gestion du marché, l’origine du drame serait liée à un incident électrique.
« Un câble électrique a pris feu sous l’effet de la pluie avant que les flammes ne se propagent rapidement », explique-t-il.
Le feu a été alimenté par les matériaux présents sur place et favorisé par la configuration des lieux.
Dès lors, la reconstruction fut confiée à l’entreprise Fougerolle avec le soutien financier de l’Union européenne et de la coopération luxembourgeoise.
Le choix fut fait de rebâtir l’édifice à l’identique afin de conserver son cachet historique et son identité architecturale.
Les travaux ne furent achevés qu’en 1997, et la renaissance de Kermel fut saluée comme une véritable réussite patrimoniale. La bâtisse retrouva sa silhouette d’origine, avec sa structure métallique caractéristique, son dôme central et ses façades colorées.
Pathé NIANG

