Au Sénégal, l’accès aux semences de pommes de terre doit être encouragé. C’est ce qu’a recommandé Aliou Gaye, expert en financement des chaînes de valeurs animales et agricoles du Programme de résilience du système alimentaire (FSRP). Il s’exprimait dans un entretien accordé au Soleil Digital sur le mécanisme de financement à coût partagé mis en place par ce programme.
Le Programme de résilience du système alimentaire (FSRP) a mis en place un financement à coût partagé pour appuyer les acteurs de l’agriculture et de l’élevage en Afrique de l’Ouest. Pouvez-vous revenir sur ce mécanisme ?
D’abord, il faut comprendre par mécanisme de financement à coût partagé, un instrument financier qui permet un cofinancement d’un projet. C’est-à-dire que le promoteur doit apporter une partie et aussi nous apportons une subvention. Pour cela, le FSRP a mis en place ce mécanisme à travers trois guichets. Le premier guichet est pour les petits projets, d’un montant de 2,875 millions à 5,7 millions de francs CFA. Et pour ces guichets, nous prévoyons une subvention de 70 %, mais avec aussi une discrimination positive pour les jeunes et les femmes de 10%. Ce qui porte la subvention des jeunes et des femmes à 80 %. Pour en bénéficier, il y a des critères qu’il faut remplir, à savoir un an d’expérience pour tout agriculteur ou éleveur.
Ce mécanisme cible aussi ceux qui sortent des écoles de formation, qui ont un lien avec l’activité agricole ou l’élevage. Donc ce sont ces gens-là qui sont ciblés, aussi bien les hommes que les femmes. Et donc, ça c’est les conditions qu’on nous demande. Et ceux qui peuvent soumettre le projet, ils peuvent être les individuels, un Groupement d’intérêts économiques (GIE), une entreprise, une petite et moyenne entreprise (Pme). C’est des gens qui peuvent vraiment, sous le statut juridique qu’ils ont, soumettre un projet pour le guichet 1.
Qu’en est-il pour le guichet 2 ?
C’est des subventions qui vont de 5,7 millions à 28,5 millions de francs CFA. Et pour ce guichet 2, la subvention est de 50%. Donc vous apportez la moitié, nous vous donnons une subvention de 50 %. Et je rappelle que la subvention n’est pas remboursable. C’est de l’argent qu’on donne pour encourager le prometteur à aller de l’avant. Et pour ce deuxième guichet, il nous faut minimum deux ans d’expérience. Ça c’est la seule condition, il faut deux ans d’expérience en agriculture ou bien en élevage. Et là aussi, il n’y a pas de discrimination entre hommes et femmes. Donc, tout le monde, aussi bien les hommes que les femmes, est régi par les mêmes conditions.
Que prévoit le FRSP pour les projets de grande taille ?
On a le guichet 3 qui est réservé aux projets de grande taille, ce sont des projets qui vont de 28,5 millions à 285 millions de francs CFA. Là, la subvention est de 30 %. Mais pour cette subvention, il faut noter qu’on ne peut pas dépasser le montant de 85,5 millions. Même si vous avez un projet de 1 milliard, nous ne pouvons subventionner que 85,5 millions maximum. C’est important de noter, parce qu’il y a des gens souvent qui sont un peu dans la confusion. Ils pensent que quand on part de 30 %, s’ils ont un projet de 1 milliard, on doit leur donner 300 millions. Alors que nous, la subvention ne peut pas excéder 85,5 millions de francs CFA. Donc là aussi, il faut deux ans d’expérience.
Tout le monde peut souscrire au guichet 3, sauf les individuels. Les individuels ne sont pas autorisés à soumettre le projet pour le guichet 3. Mais pour le guichet 2 et le guichet 1, les individuels peuvent soumettre le projet.
Donc avec ce mécanisme, le financement du projet est partagé entre le promoteur et le bailleur ?
Le bailleur, c’est nous, et le porteur de projet est le producteur. Celui qui veut un projet, par rapport à la taille de son projet, il y a les conditions qui sont clairement définies. Et avant de donner la subvention, il faut que tu apportes ta contribution d’abord, avant qu’on mette la contribution. On ne voudrait pas mettre la contribution, après tu disparais avec. Et cette contribution varie en fonction de la taille du montant du guichet. Parce que les guichets sont calibrés. Donc si vous êtes dans un guichet, on appelle les conditions du guichet. Il y a une limite de subvention de 285 millions, quel que soit le montant du projet.
« Nous ne finançons pas n’importe quelle chaîne de valeur. »
Et quelles sont les chaînes de valeur que vous financez ?
Nous ne finançons pas n’importe quelle chaîne de valeur. Pour les filières qui sont ciblées, pour les céréales, il y a le mil, le sorgho, le maïs et le fonio. Pour ce qui est de l’horticulture ou du maraîchage, il y a l’oignon, la pomme de terre et la banane. Pour l’élevage, il y a toutes les embouches bovines, toutes les productions de viande, caprines, ovines, porcines. Pour l’aviculture, il y a la production de poulets de chair et d’œufs. Il y a aussi la production laitière.
Et pourquoi vous avez mis l’accent uniquement sur ces filières ?
Et fait, là où il y a déjà des acteurs qui interviennent pour accompagner ces chaînes de valeur, donc ces chaînes de valeur sont exclues de nos cibles. Donc aujourd’hui, on a identifié des chaînes de valeur qui sont importantes mais, qui ne sont pas prises en charge par d’autres projets. C’est pour éviter vraiment des doubles interventions sur les chaînes de valeur. Nous intervenons au niveau des 14 régions du Sénégal. Nous appuyons les producteurs dans le cadre de la production, de la transformation et de la commercialisation de leurs récoltes.
Et au Sénégal, quels sont les défis à relever pour l’expansion de ces filières ?
En fait, pour chaque chaîne de valeur, il y a des défis qui sont identifiés par les acteurs et par les autorités. Si on prend le cas de l’union, les défis majeurs qui se posent aujourd’hui pour la chaîne de valeur, c’est la conservation et le stockage. On sait qu’aujourd’hui pour la production, on commence à avoir des niveaux de production qui dépassent les besoins annuels du Sénégal. Mais pourtant on est tout le temps confronté à des poches, à des déficits sur certains moments. Ce qui veut dire qu’il y a un problème de stockage. Donc on s’est dit que pour la chaîne de valeur oignon, notre priorité c’est vraiment financer tout ce qui est projet de stockage et de commercialisation.
Si on prend le cas de la pomme de terre, le défi majeur qui se pose, c’est la conservation. Parce qu’il faut dire que ces dernières années, il y a une augmentation de la production et le problème c’est qu’il y a en face des pertes. Aujourd’hui, ce que nous devons encourager, c’est la mise en place des chambres froides pour la conservation.
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Mais aussi, l’autre aspect important, c’est la disponibilité des semences. Parce que les semences viennent de l’extérieur des fournisseurs, chaque fournisseur amène ses semences. Ce qui fait que finalement, on a des semences qui peuvent résister à la conservation, d’autres qui ne le peuvent pas. D’autres peuvent être transformées, d’autres qui ne le peuvent pas. Alors que ce n’est pas comme ça qu’on développe la filière. Il va falloir que l’accès aux semences de pommes de terre soit encouragé à travers la production ou bien à travers des importations importantes et puis ciblées.
Pour le cas de la banane, le problème qui se pose aujourd’hui, on voit que chaque fois il y a des augmentations de la production de bananes. Cette année, on a même vu qu’il y avait des gels pour favoriser la commercialisation de la banane locale. Mais, il y a un problème qui se pose, c’est que le matériel végétal utilisé est en train de vieillir et là la filière de banane a besoin de renouveler ce matériel végétal, pour que les productions puissent suivre, pour que les rendements puissent être augmentés. Après cette étape, il faut aussi assurer le transport des productions vers les zones de commercialisation.
Et souvent il y a des équipements, des logistiques assez adaptés qui permettent parfois même dans l’exploitation de transporter les régimes de bananes des zones de récolte jusqu’aux magasins et après de les transformer. Donc tous ces aspects-là sont des segments de la chaîne de valeur qui méritent d’être accompagnés pour que les Sénégalais puissent vraiment progresser.
Quels sont les challenges pour l’élevage et l’aviculture ?
Pour le secteur de l’élevage, c’est la dépendance de l’extérieur pour approvisionner le marché local. La solution c’est de développer en interne un système qui permet de produire suffisamment de moutons. Sur ce point, nous encourageons ceux qui sont prêts à faire de la reproduction ovine pour arriver à avoir assez de moutons pour les prochaines fêtes de Tabaski.
Par rapport à l’aviculture, aujourd’hui, il n’y a pas trop de déficit en poulet de chair. La seule difficulté qu’ont les producteurs, est celle de l’accès aux poussins. Nous encourageons ceux qui installent des unités de poulet à couver. On travaille à installer des unités d’œufs à couver et aussi, c’est ce qui est des couvoirs, pour permettre vraiment à chaque fois que quelqu’un a besoin de poussins qu’il puisse en disposer dans le délai.
Mariama DIEME


