Avec son architecture unique et son style colonial et arabo-musulman, le marché Kermel est une infrastructure emblématique de la ville de Dakar. Situé dans le quartier historique du Plateau en plein centre-ville, il est réputé pour ses produits artisanaux. Souvent fréquenté par une clientèle aisée et exigeante, Kermel est surnommé « marché des toubabs ».
« Kermel, c’était le ventre haut de gamme de la ville », explique une vendeuse.
Seulement, depuis quelques années, la clientèle se fait de plus en plus rare, entrainant une baisse des revenus des commerçants. Le départ des Éléments français au Sénégal (Efs) qui constituaient une clientèle fidèle et aisée leur a privé d’une importante source de revenus. Même les vendeurs d’objets d’art qui étaient autrefois courus par les touristes passent des journées entières à se tourner les pouces.
Par ailleurs, les commerçants de Kermel souffrent terriblement et quotidiennement de la concurrence féroce, moderne et asymétrique des grandes surfaces, des supérettes de quartier et des chaînes de supermarchés internationales qui ont poussé comme des champignons ces dernières années dans le quartier administratif et résidentiel du Plateau et ses zones périphériques.
Résultat des courses, on a aujourd’hui l’impression d’être « dans une sorte d’entrepôt fantôme, un décor de cinéma déserté par ses acteurs que dans un marché traditionnel ».
En plus de la rareté de la clientèle, la gestion du marché reste un défi quotidien.
Mais plus qu’un marché, Kermel c’est un symbole, une signature architecturale qui fait partie intégrante de Dakar. Par deux fois, ce patrimoine a failli disparaître. Le 23 septembre 1993, un violent incendie avait réduit en cendres ce joyau architectural. Reconstruit à l’identique, Kermel a également failli être rasé. Il a fallu la mobilisation du directeur du patrimoine, à l’époque, pour sauver ce symbole architectural.
Aujourd’hui, Kermel doit surmonter une autre bataille, existentielle, contre la concurrence des grandes surfaces et des achats en ligne.
Seydou KA

