Derrière les yeux illuminés de Pauline, les chiffres défilent. 21 rames en service, 80 modules de maintenance à caler, cinq équipes qui trépignent. Un seul oubli et c’est la sécurité de milliers de voyageurs qui vacillent. Une lourde charge portée par une jeune binoclarde à la fleur de l’âge. Une immense tâche qui n’a d’égale que son intelligence émotionnelle, sa rigueur et son humilité. « Je ne suis pas là pour faire la boss, dit-elle. Je suis là pour que le train roule ». Sa contribution à l’économie du pays est mesurable, car sans elle, de Dakar à Diamniadio, aucune rame de train ne quitte le quai.
Elle, c’est la chargée de planification et du système d’information de la Direction Maintenance du Matériel Roulant de la SETER. En français facile : chaque lundi matin, Pauline Thérèse Mylène Dasylva orchestre le ballet des trains pour les semaines et le mois à venir.
Rio est la tête pensante qui donne les stimuli et la force motrice qui font avancer le TER au quotidien. Une tâche ô combien complexe, mais surtout transversale. « C’est de l’ingénierie, de la production, de la logistique, un peu de tout », résume-t-elle toute souriante.
Mais malgré son jeune âge, Pauline mesure toute responsabilité qui pèse sur ses épaules. À son poste, aucune erreur n’est admise. « Un train, ça transporte 500 personnes facilement. Si tu loupes une maintenance, tu engages des vies », fait-elle noter.
Il n’a fallu à Pauline que trois années pour passer de stagiaire à professionnelle aguerrie même si rien ne la prédestinait au monde du rail. Mais sa rigueur, sa capacité d’adaptation, son envie d’apprendre mais surtout son humilité a facilité une mue qui aura tout changé de sa vie.
Après un Bachelor en administration des affaires, formation en gestion des transports et logistique, Pauline s’imaginait plutôt dans le commerce ou la supply chain classique. « Le ferroviaire ? Jamais de la vie ! » lance-t-elle.
En effet, en février 2023, elle débarque en stage pour aider à monter le grand magasin de la Direction. Quelques mois plus tard, elle tombe amoureuse du métal, des sigles incompréhensibles, des abréviations qui font peur aux néophytes, du bruit des outils, de l’odeur de graisse… Elle est tombée dans le champ magnétique.
En décembre 2023, elle prend officiellement son poste. Nous sommes aujourd’hui en mars 2026 : en un peu plus de deux ans donc, elle est passée de stagiaire à pilier indispensable.
LA FORCE MOTRICE DU TER
Pour cela, il a fallu apprendre le vocabulaire d’un univers ultra-technique, comprendre chaque module, savoir quelle équipe fait quoi, quelle installation est libre. « Au début, ce qui me prend aujourd’hui deux ou trois heures me prenait une journée entière », se souvient-elle.
Mais Pauline n’a jamais reculé. Elle savait compter sur un environnement de travail qui encourage le progrès. « J’ai eu la chance d’avoir un encadrement en or et une équipe jeune, bienveillante. On se soutient, on se parle, on rigole », confie-t-elle.
Cet environnement donc favorable lui a permis d’avoir une maîtrise impressionnante et une belle évolution correcte dans un milieu très masculin.
Parce qu’elle est femme dans un milieu historiquement masculin, Pauline porte aussi une autre casquette, celle de l’exemple. « Aujourd’hui, on voit de plus en plus de femmes, et ça fait plaisir. Ça montre qu’on est capable d’avoir des postes à responsabilités, d’intégrer des métiers industriels, de faire comme les hommes… sans être en guerre contre eux. On prend juste notre place, naturellement », explique-t-elle.
Pauline ne croit pas aux limites prédéfinies. Elle va au-delà du fameux plafond de verre. « Il n’y a pas de limite. Il suffit de le vouloir, d’y croire, de se faire une bonne base et surtout de ne jamais reculer », dit-elle.
Pauline Thérèse Mylène Dasylva ne pilote pas les trains. Elle pilote leur coeur. Elle est l’artisane d’une confiance entre les TER et les usagers. Chaque fois qu’une rame arrive à l’heure et à bonne destination, c’est grâce à une dame de l’ombre aux qualités d’orfèvre.
Par Assane FALL

