Situé dans le département de Louga, en plein cœur du Ndiambour, Thialaga Niane est un village de la commune de Guet Ardo. Avec une population estimée à plus de 400 habitants, cette localité est presque dépourvue de tout : infrastructures sociales de base, électricité, eau douce, école fermée faute d’enseignants, etc. Face à cette situation, les villageois plaident pour l’amélioration de leurs conditions de vie.
LOUGA – Thialaga Niane. Pour quelqu’un qui ne connaît pas le Sénégal des profondeurs, notamment le Ndiambour, il est difficile de situer cette localité sur la carte. C’est un village situé dans la commune de Guet Ardo, dans le département de Louga. Pour s’y rendre, il faut, en quittant la capitale régionale, emprunter la route menant à Dahra et parcourir une vingtaine de kilomètres jusqu’à Ouarack, avant de bifurquer à droite en direction de Ndiagne, distant d’environ 10 km.
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C’est après cette étape que commence le véritable défi pour atteindre Thialaga Niane. La zone est très enclavée et difficile d’accès en raison des pistes sablonneuses et impraticables. C’est pourquoi rares sont les chauffeurs de « clandos » ou les conducteurs de motos « Jakarta » qui acceptent de s’y aventurer. « Il est difficile de trouver un moyen de transport vers ce village, car il y a beaucoup de sable », lance un des rabatteurs du garage de Ndiagne. Mais, assure-t-il, « nous allons essayer d’appeler Samba, le conducteur de moto, car il maîtrise bien la zone ».
Après quelques négociations, ce dernier accepte la course à condition d’y mettre le prix. Pour l’aller-retour, il exige la somme de 10 000 FCfa. Pourtant, la distance entre Ndiagne et Thialaga Niane ne dépasse même pas sept km. C’est cher payé. Sur le trajet, le conducteur reste concentré. Il redouble de vigilance pour ne pas s’enliser dans le sable. De temps à autre, nous croisons des charrettes tirées par des chevaux. Dans cette contrée, le transport est essentiellement assuré par les véhicules hippomobiles. Cette situation traduit les difficultés de mobilité auxquelles sont confrontées les populations riveraines.
Pas de structure sanitaire, école élémentaire fermée
L’absence d’une route praticable aggrave davantage leur quotidien. Après une dizaine de minutes de trajet, Thialaga Niane nous ouvre ses bras. Le village conserve encore un mode de vie traditionnel. Son paysage est marqué par des habitations constituées, pour la plupart, de cases en paille. Les clôtures sont également réalisées avec des matériaux traditionnels. Cette vue pittoresque témoigne d’une population vivant en harmonie avec la nature. Toutefois, derrière cette apparente quiétude se cachent de nombreux maux.
Dans ce village, l’agriculture et l’élevage constituent les principales activités économiques. « L’essentiel de notre subsistance provient de la terre », affirme le chef du village, Mor Ndack Sylla. Et d’ajouter : « Nous cultivons différentes spéculations, notamment l’arachide, le niébé et le mil ». Le patriarche indique qu’ils utilisent encore des outils agricoles rudimentaires. Selon lui, cette situation limite considérablement leurs capacités de production. Il souligne également les difficultés qu’ils rencontrent pour écouler leurs maigres récoltes.
L’élevage est aussi confronté à plusieurs problèmes. Les habitants sont régulièrement victimes de vols de bétail, un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur dans la zone. Cette situation inquiète fortement les villageois. « Nous subissons de fréquemment des vols. Le dernier cas remonte au 15 avril 2026, lorsque des malfaiteurs ont emporté sept bovins », dénonce Ablaye Anne, président de la jeunesse de Thialaga Niane. Il estime qu’il est impératif de renforcer la sécurité en érigeant des brigades de proximité dans la zone.
Manque de services essentiels
Ici, le quotidien des populations est rythmé par les souffrances. Elles sont privées de nombreux services essentiels. « Nous vivons dans des conditions très précaires, car nous n’avons pas accès aux services sociaux de base », fustige le président de la jeunesse, soulignant qu’ils mènent une existence difficile.
Selon lui, le village ne dispose pas de case de santé, encore moins de poste de santé. L’accès aux soins constitue une problématique majeure. Les habitants sont souvent obligés de parcourir plusieurs kilomètres pour transporter leurs malades, à bord de charrettes, vers les structures sanitaires les plus proches, notamment à Guet Ardo ou à Ndiagne.
« Nous rencontrons toutes les peines du monde pour nous soigner. Nous évacuons les cas urgents dans des véhicules qui ne sont pas adaptés », fait remarquer Ngoné Fall, porte-parole des femmes. Pour elle, il est indispensable que Thialaga Niane soit doté d’une structure sanitaire afin de mettre fin à cette souffrance qui perdure depuis des années.
Outre la santé, le secteur de l’éducation connaît également d’importantes difficultés. L’école élémentaire du village, créée en 2002, est aujourd’hui fermée en raison d’un manque d’enseignants. Les enfants qui devraient être en classe errent désormais dans les rues. « L’avenir de nos fils et de nos filles est hypothéqué. Il est inadmissible qu’une école ferme ses portes par manque d’enseignants », fulmine Ablaye Anne.
Absence d’électrification, l’eau du robinet impropre
Selon M. Anne, une délégation a été envoyée auprès des autorités académiques du département de Louga, mais sans résultat. « Nous interpellons à nouveau les autorités du pays pour la réouverture de notre école afin de permettre à nos enfants d’apprendre et de réussir leur vie comme ceux des autres localités », lance-t-il. Comme beaucoup de localités de la commune de Guet Ardo, Thialaga Niane n’est pas encore électrifié.
À la tombée de la nuit, l’obscurité enveloppe le village. « Nous n’avons pas l’électricité. Or, il est aujourd’hui difficile de vivre sans cette ressource. Cela nous porte préjudice », explique le chef de village. En réalité, l’électricité est un luxe pour ces habitants. Selon lui, cette situation ralentit toutes les activités économiques et sociales.
Pourtant, malgré l’installation de poteaux à travers le village, le courant n’a toujours pas été mis en service. L’accès à l’eau constitue également un problème majeur. Thialaga Niane ne dispose pas de forage propre, il est raccordé à un réseau de distribution d’eau. Et cette eau est impropre à la consommation du fait de sa forte salinité. Face à cette situation, les populations se tournent vers les puits.
« Nous utilisons l’eau du robinet uniquement pour faire la lessive ou abreuver les animaux », indique Koumba Niass, une dame rencontrée sur le chemin du puits. À l’en croire, chaque matin, les femmes du village se retrouvent autour du puits pour se procurer une eau douce. « Notre principale doléance est l’installation d’un forage ; ce qui nous permettra de disposer d’une eau potable de qualité », plaide le chef de village.
Dans cette bourgade, la majorité de la population est composée de jeunes. Cependant, ceux-ci sont confrontés à l’épineuse question de l’emploi.
Une jeunesse en quête d’opportunités
Après les travaux champêtres, ils n’ont souvent aucune autre occupation que de passer leur temps autour du thé. « Je pense que l’État doit créer davantage d’opportunités pour aider cette jeunesse à voir le bout du tunnel », estime Maniane Sylla, natif de Thialaga Niane. Il pense que les jeunes ne bénéficient pas de l’accompagnement nécessaire.
« Nous sommes laissés à nous-mêmes et contraints de nous apitoyer sur notre propre sort », affirme Maniane avec tristesse, appelant les autorités à revoir leur politique d’équité territoriale. À travers ces multiples préoccupations, Thialaga Niane apparaît comme l’un des nombreux villages du Sénégal profond qui attendent encore les retombées concrètes des politiques de développement.
Reportage de Falel PAM (Correspondant)

