Si aucun impact sanitaire majeur imputable aux Ogm n’a été démontré jusqu’à présent, des inquiétudes persistent cependant sur le plan socioéconomique, selon les chercheurs et les grandes instances scientifiques internationales.
Au Sénégal, comme dans de nombreux pays africains, les producteurs ont l’habitude de conserver une partie de leur récolte pour l’utiliser comme semences à la campagne suivante. Une pratique qui peut se heurter au modèle économique de certaines semences génétiquement modifiées, commercialisées sous des contrats limitant ou interdisant leur réutilisation.
Le Pr Gora Diop, enseignant-chercheur au Département de Biologie animale de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), attire l’attention sur cet enjeu. « Ce qu’il faut éviter, c’est ce que l’on appelle le modèle Monsanto. On vous vend des graines, mais vous ne pouvez pas les ressemer. Elles sont uniquement destinées à la production de la récolte. C’est là que réside la véritable menace sur le plan socioéconomique », explique-t-il.
Monsanto, entreprise semencière américaine rachetée par le groupe allemand Bayer en 2018, a longtemps été critiquée pour son modèle économique fondé sur la commercialisation de semences brevetées et d’herbicides associés. Sa position dominante sur certains marchés, notamment celui des semences de maïs et des herbicides à base de glyphosate, a alimenté les craintes d’une dépendance accrue des agriculteurs envers les multinationales.
Abdoulaye Barry, journaliste à la Rts et spécialiste des questions agricoles, partage cette préoccupation. « Il existe un risque de dépendance vis-à-vis des multinationales semencières dans la mesure où certaines semences Ogm ne peuvent pas être réutilisées d’une campagne à l’autre », souligne-t-il.
Réagissant dans le journal français « Le Monde » (édition en ligne du 27 octobre 2022), après l’adoption de la nouvelle loi sur la biosécurité, Ibrahima Seck, coordonnateur de la Fédération nationale pour l’agriculture biologique (Fenab), s’inquiétait également de l’avenir des semences paysannes. « Cette diversité risque de disparaître si les semences génétiquement modifiées sont introduites au Sénégal », estimait-il.
Le Pr Diaga Diouf nuance toutefois ces inquiétudes. « Personne n’est obligé de cultiver des Ogm. En revanche, si vous choisissez cette option, vous devez effectivement vous approvisionner auprès d’une entreprise semencière afin d’obtenir des semences certifiées répondant aux normes de qualité. C’est le même principe que pour toute agriculture moderne », explique-t-il. De l’avis de l’universitaire, les agriculteurs restent libres de conserver les semences traditionnelles. « Ceux qui ne souhaitent pas cultiver des Ogm peuvent continuer à utiliser des semences conventionnelles ou des semences paysannes », insiste-t-il.
Le contrôle, là où le bât blesse
Quotidiennement, des produits agricoles, tels que le maïs, le soja ou encore le blé, franchissent les frontières sénégalaises. On les retrouve dans les grandes surfaces, les minoteries, les unités de transformation et les commerces de proximité sans que le consommateur puisse toujours savoir s’ils sont issus ou non d’Organismes génétiquement modifiés.
Pourtant, le Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques prévoit, à travers la procédure d’ « Accord préalable en connaissance de cause » (Apcc), un ensemble de mécanismes destinés à encadrer le premier mouvement transfrontière intentionnel d’Organismes vivants modifiés (Ovm) destinés à être introduits dans l’environnement d’un pays importateur.
Cette procédure comprend notamment quatre étapes : la notification par l’exportateur ou le pays exportateur, l’accusé de réception par le pays importateur, l’évaluation et la prise de décision, puis, si nécessaire, la révision de cette décision. Son objectif est de permettre aux États importateurs d’évaluer les risques éventuels avant d’autoriser l’entrée d’Ovm sur leur territoire.
Le Laboratoire national de biosécurité dispose-t-il des moyens nécessaires pour assurer ce contrôle ? « Nous disposons des équipements nécessaires ainsi que des compétences scientifiques pour effectuer ces analyses. Ce qui nous manque, aujourd’hui, ce sont les ressources financières permettant d’acheter les consommables indispensables à la réalisation des tests », répond le Pr Diaga Diouf, responsable du Laboratoire de biotechnologie végétale de l’Ucad, qui abrite également le Laboratoire national de biosécurité.
Ce laboratoire assure deux missions essentielles : la recherche scientifique et la détection des transgènes dans les végétaux, les animaux et les produits biologiques soumis à contrôle.
Ndiol Maka SECK

